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HONNÊTETÉ DES CAPÉTIENS

mais la naissance de cette fille est antérieure à leur mariage. C’est seulement à partir de la seconde moitié du xive siècle que, la morale française se relâchant, les princes et les grands seigneurs ne craignent pas de s’entourer d’enfants naturels et même adultérins qui, sans vergogne, étalent au grand jour leur naissance irrégulière ; c’est surtout au temps des Valois que paraissent, nombreux et tenant le haut du pavé, ces bâtards de bonne maison, toujours désignés par le surnom de « bâtard » qu’ils portent avec autant d’orgueil qu’un titre nobiliaire.

La maison capétienne commandait le respect même de ses ennemis. Il est trop vrai que Philippe le Bel compromit un moment la vieille réputation de probité qui était l’une des meilleures parties du patrimoine moral de sa race ; aussi Dante, dont la patrie et les amis politiques avaient eu tant à souffrir de l’intervention des princes français, Charles d’Anjou et Charles de Valois, profita-t-il de l’occasion pour essayer de flétrir dans ses vers, avec ce roi de France trop peu scrupuleux, toute la lignée de Hugues Capet. Mais ce ne fut là qu'une éclipse passagère que fit bientôt oublier la conduite toute chevaleresque, trop chevaleresque même, des deux premiers rois de la maison de Valois.

Quel contraste avec les deux dynasties royales qui se succèdent sur le trône d’Angleterre qu’elles occupèrent de 1066 à 1485 ! La dynastie normande et la dynastie des Plantegenèts qui en est issue par les femmes, n’ont pas, à beaucoup près, la même honorabilité que la maison de France, et il semble que tous les sentiments sur lesquels se’ fonde la famille soient méconnus par les princes que la seconde de ces dynasties produisit au xne siècle. Les fils de Henri Plantegenêt et d’Aliénor de Guyenne passent leur vie à combattre, soit leur père que les chroniqueurs accusent d’avoir abusé de la fiancée de l’un d’eux, soit leurs frères. Bien plus, si l’on en croit l’auteur d’une chronique anglaise duxme siècle publiée sous le nom de Jean Brompton, ces princes considéraient comme une part de leur patrimoine, et comme un patrimoine inaliénable, l’esprit de discorde qui les animait. L’un d’eux, Geoffroy de Bretagne, allait jusqu’à répondre à ceux qui le sollicitaient de se réconcilier avec son père : « Il est dans la destinée de notre famille que nous « nous haïssions. C’est là notre héritage, et aucun de nous n’y « renoncera. » Des paroles presque identiques sont attribuées au roi Richard Cœur-de-Lion, frère aîné de Geoffroy. Les contempo-

LES FACTEURS DE l’uNITÉ FRANÇAISE

rains des fils de Henri Plantegenèt ne purent tous voir, sans une sorte d’effroi superstitieux, ces haines de famille, ces querelles i ntestines sans cesse renouvelées, et l’opinion populaire, appliquant à l’un des ancêtres angevins de la maison roj^ale une vieille légende qui forme le point de départ du roman de Baudouin de Flandre, les présenta comme la conséquence et le châtiment de l’union d’un comte Geoffroy d’Anjou avec une femme de nature diabolique qu’il aurait épousée pour sa seule beauté corporelle. Les querelles intestines de la maison royale d’Angleterre qui, renaissant au début du xive siècle, nous épouvantent de plus en plus par leur nombre et leur horreur jusqu’à l’extinction de la descendance légitime des Plantegenêts en la personne de Richard III, ces luttes abominables qui coûtèrent la vie à tant de princes de sang royal et qui font involontairement songer à i’histoire des Atrides, valurent sans doute quelque regain de popularité à la vieille légende de l'origine satanique des Plantegenêts qui figure en plus d’une chronique anglaise des xme et xive siècles. Les paroles que, dès 1200 environ, la chronique de JeanBrompton attribuait à Richard Cœur-de-Lion : « Nous venons du diable et nous retournerons au diable », durent sembler prophétiques, lorsque la dynastie des Plantegenêts se fut éteinte, après qu’une vingtaine de princes du sang royal eurent péri de mort violente, victimes de ces luttes fratricides ou de ces forfaits dont on ne relit jamais le récit sans éprouver une sorte de terreur et qui ont fourni à Shakespeare le sujet de tant de beaux drames.

La France, heureusement, ne fut point le théâtre d’aussi tragiques événements, mais on est en droit de se demander ce qui serait advenu d’elle, si la dynastie qui la gouvernait se fût abîmée dans le sang comme la dynastie royale d'Angleterre. Elle évita ce danger grâce à l’union intime qui existait entre le roi et les autres princes des fleurs de lis, et, jamais en France, le sang d’un prince de la maison régnante ne coula sur l’échafaud, par ordre royal, comme en Angleterre.

La création d’apanages territoriaux en faveur des fils puînés du roi de France est au nombre des mesures qui contribuèrent le plus, peut-être, au maintien de l’harmonie entre le roi et les princes du sang : elle fut de règle dès le commencement du xme siècle. Si l’on n’y eût pris garde, cependant, la constitution de ces apanages d’abord transmissibles à la postérité du prince apanagé, sans distinction de postérité masculine ou féminine,

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