COMTÉS DE POITIERS ET DE LA MARCHE AUX FRÈRES DU ROI
C’est au début du règne de Louis X que ses deux frères puînés, Philippe le Long et Charles le Bel, prirent possession des modestes apanages que leur père, fort ménager des biens de la couronne, leur avait assignés. Philippe eut le comté de Poitiers ; ce comté, comme je l’ai dit dans l’avant-dernière leçon, était alors aussi exigu qu’il avait été étendu sous la domination de ses comtes nationaux du xie et du xiie siècle, ou même sous celle d’Alphonse, frère de saint Louis, de 1240 à 1271. Charles le Bel eut le comté de la Marche, uni de fait à la couronne, depuis l’an 1301, et le comté de Bigorre dont la reine Jeanne de Navarre, sa mère, femme de Philippe le Bel, avait pris possession en 1293.
Le domaine aurait pu s’enrichir, en juin 1315. de la dépouille du surintendant des finances, Enguerrand deMarigny, dont les biens furent confisqués après son exécution ; mais Louis X préféra les donner à son oncle paternel, le comte Louis d’Evreux. C’est ainsi que le comté de Longueville-la-Giffard (aujourd’hui Longueville» chef-lieu de canton de 1 arrondissement de Dieppe), comté qui ne s’étendait pas sur moins d'une centaine de paroisses du diocèse de Rouen, appartint, de 1315 à 1363, à une branche de la maison capétienne avant de passer au vaillant connétable de France, Bertrand du Guesclin.
Je crois devoir rapporter au règne de Louis X, bien que l'acte consignant ce fait soit postérieur de huit jours au décès du monarque, l’extension de la suzeraineté du roi de France sur une importante contrée d’outre-Rhône : j’entends parler des comtés de Valentinois et de Diois répondant à plus de la moitié du département actuel delà Drôme et dont le comte Aymar V, déjà vassal de la couronne pour la partie de ses états située en deçà du Rhône, (dans le département actuel de l’Ardèche), se démit entre les mains du roi, pour les tenir de lui à foi et hommage. Il n’est pas inutile d’ajouter que le dauphin de Viennois, Humbert II, ne renonça pas, lui, à la suzeraineté qu’il prétendait sur les deux comtés gouvernés par Aymar V et que celui-ci dut même lui faire hommage lige en 1338.
Le royaume se trouvait, par la mort prématurée de Louis X, dans une situation qui ne s’était pas encore présentée depuis l’in-
1 8^4 les FILS DE PHILIPPE LE BEL. - L’EXCLUSION DES FEMMES
tronisation de Hugues Capet. Pour la première fois, un roi de la dynastie capétienne mourait sans enfant mâle. Louis X n’avait, au moment de samort, qu'une fille, Jeanne de France née deMarguerite de Bourgogne et alors âgée de quatre ans ; mais il laissait Clémence de Hongrie, sa seconde femme, grosse de trois mois. C’est alors que. pour la première fois, il fut question d’appliquer à la couronne ce mode de succession excluant les femmes du trône qu’on appelle abusivement Loi salique et auquel la France doit, en grande partie, le privilège d’avoir conservé son indépendance dans les temps qui suivirent ; car cette loi, qui permit à la maison capétienne de se perpétuer cinq siècles encore sur le trône de Hugues Capet, favorisa singulièrement la puissance et l’unité françaises.
A la nouvelle de la mort de son frère, le comte de Poitiers, Philippe le Long, partit d’Avignon où Louis l’avait envoyé presser la décision du conclave réuni pour donner un successeur au pape Clément V, décédé depuis deux ans. Arrivé à Paris, après avoir présidé aux obsèques du roi défunt, il résolut d’agir en roi et d’entrer en possession du royaume jusqu’à décision contraire des barons.
Ceux-ci, ayant été convoqués, décidèrent que le comte de Poitiers serait gouverneur ou régent du royaume, qu’il en percevrait tous les revenus, en fournissant le nécessaire à la reine veuve de Louis ; si celle-ci accouchait d’un fils, le comte conserverait la garde dudit royaume jusqu’à la majorité du prince; à cette époque, il résignerait librement le roj^aume à son neveu et lui obéirait comme à son seigneur ; que si, au contraire, il naissait une princesse, le comte Philippe serait reconnu de tous comme roi et pourvoirait au sort de sa nièce selon que le droit et la coutume l’exigeaient. Ces choses convenues et promises, les princes et les barons firent hommage à Philippe, le considérant comme régent de France.
Quatre mois après cette décision des barons, le 15 novembre 1316, la reine Clémence mettait au monde un fils, le petit roi Jean Ier, qui mourait cinq jours plus tard, de sorte que Philippe le Long hérita dutrône et se fit couronner à Reims, leôjanvier 1317.
L’avènement de Philippe V au trône de France dans les conditions que je viens d’indiquerprovoqua légalement la séparation des deux couronnes de France et de Navarre, cette dernière étant dévolue en principe à la fille de Louis X, bien que Philippe le