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LA CHAMPAGNE MAINTENUE A LA COURONNE

Long en eût pris possession en attendant que Jeanne de France fût majeure. Le droit féodal semblait devoir assurer à la petite Jeanne les comtés de Champagne et de Brie, auxquels les femmes étaient aptes à succéder, comme le prouvait d ailleurs le récent exemple de Jeanne de Navarre, épouse de Philippe le Bel. Mais l’intérêt qu’avait la couronne à conserver cette belle province était si évident que, peu de temps après son avènement, Philippe V conclut avec sa nièce, ou plutôt avec le duc de Bourgogne Eudes IV, oncle maternel de celle-ci, un traité qui paraissait rendre définitive l’union dont le maintien était si ardemment souhaité. Par ce traité, en date du 27 mars 1318 et dont un des articles stipulait le mariage de la fille de Louis X avec Philippe d’Evreux, neveu maternel du roi, celui-ci donnait à sa nièce 15.000 livrées parisis de terre, c’est-à-dire un revenu de 15.000 livres parisis sur les comtés d’Angoulème et de Mortain (Normandie), plus 50.000 livres en espèces pour acheter d’autres terres et tenir le tout en pairie et baronnie en échange des droits de la jeune princesse sur le comté de Champagne et de Brie. Cependant le traité accordait que, si le roi de France décédait sans héritier mâle, les comtés de Champagne et de Brie reviendraient à Jeanne ou à ses héritiers « pour les tenir en pairie ou baronnie aussi noblement, dit le traité, qu’autrefois y ont été tenus ». Cette dernière clause n’inspirait au roi que peu d’appréhensions pour l’avenir ; bien qu’il eût perdu, en février 1317, l’unique fils que lui eût encore donné la reine, il ne désespérait pas de voir un nouvel enfant mâle prendre la place de ce fils regretté.

D'ailleurs le règne de Philippe le Long semblait destiné à marquer au nombre des règnes les plus favorables à l’accroissement du domaine. Philippe V tenant en effet le comté de Bourgogne, c’est-à-dire la Franche-Comté, du chef de sa femme Jeanne de Bourgogne, le royaume paraissait destiné à se prolonger dès lors jusqu’au Jura, qu’il ne devait atteindre définitivement que trois siècles et demi plus tard. Jeanne de Bourgogne était en outre l’héritière présomptive du comté d’Artois, dans lequel elle succéda, en 1329, à sa mère, la comtesse Mahaut, petite-nièce paternelle de saint Louis.

Mais toutes ces espérances d’accroissement pour la couronne comme pour le domaine vinrent échouer devant l'impitoyable mort qui, le 2 ou le 3 janvier 1322, enleva Philippe le Long, âgé seulement de vingt-huit ans, sans que ce prince eût la conso-

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