COLONISATION ANGLAISE A CALAIS
la marine anglaise, Edouard III avait jeté son dévolu pour en faire une place de débarquement ou de retraite pour les invasions à venir. Il y mit le siège quatre jours après la bataille de Crécy et ne s’en rendit maître, par la famine, qu’après plus de dix mois, sans que Philippe VI eût pu la secourir. On vit alors (chose jusque-là inconnue en France et qui montrait que la lutte entre les deux dynasties revêtait un caractère qu’on ne lui avait jamais vu), on vit la population de la ville conquise expidsée en masse et remplacée par de « purs anglais ». Le vainqueur y attira d’abord trente-six gros bourgeois de Londres, puis trois cents hommes de moindre condition avec leurs femmes et leurs enfants, puis quantité d’autres encore ; il gratifia ces colons de franchises et de privilèges sans nombre et fit de Calais l’entrepôt des laines, des cuirs, de l’étain et du plomb de la Grande-Bretagne, obligeant les Anglais à porter leurs marchandises dans cette ville et les étrangers à venir les y acheter. Ainsi fut assuréela maîtrise dudétroit et fondé ce fatal établissement de Calais qui, deux siècles entiers, a pesé surlaFrance. Cependant les éléments n’en furent pasaussi complètement anglais que l’avait voulu Edouard III : un certain nombre des anciens habitants, qui s’étaient dispersés dans les villes de Picardie, obtinrent peu à peu de rentrer dans leurs foyers en prêtant serment. L’amour du lieu natal et de la commune était alors beaucoup plus puissant chez nombre de gens de cœur que l’amour de la grande patrie.
Peu de temps après la prise de Calais, les communes flamandes se réconciliaient avec leur comte. Jacques d’Arteveld qui, durant neuf ans, avait exercé la dictature en Flandre, était tombé, victime lui-même, en 1345, d’une commotion populaire, tandis qu’il rêvait de transférer le comté de Flandre au prince de Galles, fils aîné d’Edouard III. Sa mort n’amena cependant pas la restauration du comte légitime : Louis Ier se fit tuer à la bataille de Crécy en combattant pour la cause française. C’est alors seulement que les Flamands se rapprochèrent de la dynastie qui les gouvernait depuis bientôt un siècle. Ils ne rendaient pas Louis de Male, fils unique de Louis Ier, responsable des torts que ce prince pouvait avoir eus à leur égard, et ils le rappelèrent. Mais le jeune homme, élevé avec les princes du sang royal de France, préféra abandonner de nouveau son comté que d’épouser une des filles du roi d’Angleterre, ainsi que l’exigeaient les Flamands; et c’est seulement le 10 décembre 1348 que fut signé, avec
PHILIPPE YI ET LE ROI JEAN
Edouard III, le traité de Dunkerque, par lequel Louis de Male, désormais libre de se marier comme il l’entendrait, accorda une amnistie complète à ses sujets. Pour vivre en bonne intelligence avec eux, il dut respecter l’alliance commerciale avec l’Angleterre et s’engager personnellement à demeurer neutre dans la querelle des deux couronnes.
Philippe de Valois mourut le 23 août 1350, vingt mois après ce traité qui rétablissait, dans le comté de Flandre, l’autorité d’un jeune prince dévoué de cœur à la royauté française, mais qui, pour rentrer en possession le l’héritage de ses pères, avait dû ne pas montrer d’hostilité envers Edouard III. Le comté de Flandre, alors exclusivement composé de pays où l’on parlait un dialecte bas-allemand, — ce qui dut contribuer dans une certaine mesure aux préférences de ses habitants pour les Anglais — le comté de Flandre n’était pas perdu pour le royaume capétien, mais tout au moins neutralisé.
C’est d’ailleurs par les extrémités que la guerre anglo-française entamait le royaume de Philippe Auguste, de saint Louis et de Philippe le Bel. La Flandre, à l’extrême nord, neutralisée par les intérêts commerciaux des Flamands ; la Bretagne, à l’extrême occident, partagée entre deux factions par la guerre de succession qui sévissait depuis 1341, faction anglaise tenant pour Jean de Montfort, faction française, pour Charles de Blois, fils d’une sœur de Philippe VI ; enfin le duché de Guyenne pour lequel Edouard, soi-disant roi de France, ne reconnaissait plus la suzeraineté capétienne.
Mais, répétons-le, de ces trois contrées, la dernière seule, je veux dire le duché de Guyenne, — auquel Edouard III avait pu joindre quelques parcelles du Périgord, mais non pas Agen, perdu pour lui depuis le règne de Charles le Bel, — le duché de Guyenne seul et Calais étaient arrachés à la France et constituaient les possessions continentales du soi-disant roi de France. Sans doute la perte était sensible et le royaume menacé ; mais, remarquons-le, le domaine n’avait rien perdu et, pendant le règne de Philippe de Valois, il continuait à suivre une marche ascendante. Les comtés d’Anjou, du Maine, de Valois, de Chartres, les petites châtelleniesde Crévecœur et d’Arleuxen Cambrésis et la seigneurie de Montpellier avaientété réunis par le chef delà dynastie des Valois, qui en outre avait assuré à sa maison et, mieux que cela, à l’héritier même du trône, la possession d’une