ACCROISSEMENT DU DOMAINE ROYAL
province de l’ancien royaume d’Arles, le Dauphiné de Viennois, qui, jusque-là, avait relevé de l’Empire, comme tous les pays compris entre le Rhône et les Alpes. Le règne de Philippe VI, à le considérer par les faits qui lui appartiennent en propre, ne marque donc pas encore le déclin momentané de la puissance française ; celui-ci devait surtout s’accuser sous le règne de son successeur. Il me reste, pour en achever la démonstration, à dire de quelle manière se produisirent les agrandissements que je viens d’indiquer succinctement.
Les comtés d’Anjou et du Maine, répondant grosso modo aux trois départements actuels de Maine-et-Loire, de la Mayenne et de la Sarthe, n’étaient autre chose que l’apanage de Charles d’Anjou, frère puîné de saint Louis qui, en 1290, fut donné en dot par Charles II, roi de Sicile et comte de Provence, à Marguerite d’Anjou, sa fille, mère du roi Philippe de Valois. Quant au comté de Valois, alors formé de quatre châtellenies partagées aujourd’hui entre les départements de l’Oise et de l’Aisne et situées entre Senlis, Compiègne et Soissons, il avait été donné en 1284, comme apanage, par le roi Philippe le Hardi à son second fils Charles de Valois, père de Philippe VI. D’inégale grandeur, ces trois provinces furent donc réunies à la couronne en 1328, après en avoir été détachées, les deux premières, quatre-vingt-deux ans, la dernière, quarante-quatre ans seulement.
Quant au comté de Chartres, c’est seulement quelques mois après l’avènement de Philippe VI qu’il fut réuni, par suite de la mort de Louis de Valois, le plus jeune frère du nouveau roi, décédé le 2 novembre 1328 à l’âge de dix ans environ. Vous vous souvenez peut-être que ce comté, acquis par Philippe le Bel en 1286, avait été donné en 1293 parce prince à Charles de Valois ; il revint donc à la couronne trente-cinq ans après en avoir été distrait.
Vers 1337, leroide France avait acquis d’Ingerger d’Amboise et de Marie de Flandre, femme de ce seigneur, les deux petites châtellenies de Crévecœur (Nord, arrondissement de Cambrai, canton de Marcoing) et d’Arleux en Pévèle (Nord, arrondissement de Douai, chef-lieu de canton). Situées dans le Cambrésis à peu de distance de la Flandre française, alors unie au domaine royal, elles formèrent pendant un certain temps deux enclaves royales qui, de même que le fief du châtelain de Cambrai, relevaient, elles aussi, de l’évêque de cette ville, sujet de l’Empire. Vous
PHILIPPE VI ET LE ROI JEAN
savez déjà que cette acquisition servit, en 1337, à l’empereur Louis de Bavière pour lancer, sur Philippe de Valois, ses vassaux des Pays-Bas commandés par le roi Edouard III investi, à cette occasion, du titre de vicaire de l’Empire. Les difficultés qu’elles suscitèrent au roi de France le déterminèrent sans doute à prendre quelque arrangement de nature à calmer les susceptibilités impériales, et tout d’abord le fief du cêhtelain de Cambrai, qui donnait à son possesseur des droits importants dans la ville épiscopale, fut cédé à l’évêque, moyennant le prix que Philippe VI en avait donné à Ingerger d’Amboise ; quant aux châteaux et châtellenies de Crèvecœur et d Arleux, le roi les donna à son fils aîné, Jean, duc de Normandie, héritier présomptif de la couronne qui en fit hommage à l’évêque, selon la coutume du pays, sous cette condition que, au cas où ils retourneraient au roi de France, celui-ci les attribuerait, dans le délai d’un an, à un prince de son lignage qui les tiendrait de l’évêque. Il est à peine besoin d’ajouter que cette condition, dictée par les circonstances, ne fut pas toujours ponctuellement exécutée. Toutefois elle montre que Philippe recula devant l’annexion pure et simple à la couronne de France qui cependant avait eu lieu pour d’autres territoires plus importants, notamment pour Viviers et le Vivarais en 1305, pour Lyon et pour le Lyonnais en 1307.
La seigneurie de Montpellier représentait environ la huitième partie du département de l’Hérault. C’était un ancien fief du comté épiscopal de Mauguio, dont Philippe le Bel, en 1293, avait acquis la suzeraineté par voie d’échange avec l’évêque de Maguelonne; Philippe de Valois en acheta, en 1349, la seigneurie directe, en même temps que celle de la seigneurie de Lattes qui y était contiguë, le tout pour 120.000 écus d’or payés à Jaime III, roi de Majorque.
Mais la réunion de tous ces domaines, dont les plus importants étaient des terres d’apanages, faisant retour à la couronne, n’était rien auprès de l’acquisition du Dauphiné qu’on peut considérer, sinon comme l acté capital de ce règne, du moins comme celui qui lui donne quelques titres à la reconnaissance des Français. Le Dauphiné de Viennois était alors, avec le comté de Bourgogne ou Franche-Comté, le comté de Provence et celui de Savoie, l’un des quatre états féodaux les plus importants qui s’étaient formés, en terre d’Empire, des débris de l'ancien royaume d’Arles. Il comprenait à peu près les départements français de