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ABANDON DU DAUPHINÉ PAR HUMBERT II

l’Isère, des Hautes-Alpes, plus deux cinquièmes environ du département de la Drôme — la partie de ce département qui ne provient pas du comté de Valentinois et de Diois — et une portion du département de l’Ain (seigneurie de Gex)et du département de la Haute-Savoie (baronnie de Faucigny), ainsi que certains territoires du versant italien des Alpes : châtellenies delphinales de Sézannc, d’Oulx, d’Exilles, de Bardonnèehe et de Château-Dauphin, qui demeurèrent à la France jusqu’au traité d’Utrecht en 1713 ; — enfin le marquisat de Saluces, qui, depuis quelque temps déjà, relevait du Dauphiné.

Cet ensemble de territoires était alors possédé par le dauphin Humbert II, de la maison de la Tour-du-Pin, dont la situation financière, suite d’une folle imprévoyance, était fort compromise ; veuf et sans enfants, il se résigna à la cession éventuelle de ses états à la France, moyennant une somme de 120.000 florins d’or une fois payée et 10.000 livres de pension viagère. En 1343, Humbert II fit donation du Dauphiné et de ses annexes à Philippe, second fils du roi Philippe VI, lui substituant, à défaut d’héritier, celui des fils de Jean, frère aîné de Philippe, que le roi désignerait. Ce traité reçut successivement plusieurs correctifs : le plus important et peut-être le moins connu — car il semble avoir été tenu secret pendant quelque temps, afin de ne point éveiller les susceptibilités des vassaux du dauphin ou celles de l’Empire — fut certainement un acte du 11 avril 1344 par lequel Jean, duc de Normandie, fils aîné de Philippe VI et héritier présomptif de la couronne, se faisait céder par son père les droits réels de son frère Philippe sur le Dauphiné.

En 1349, on aboutit à une abdication solennelle de Humbert II en faveur du prince Charles, l’aîné des fils de Jean. Parla mort du roi Philippe de Valois, survenue l’année suivante, et l’avènement de Jean au trône de France, le Dauphiné venait aux mains de l’héritier présomptif de la couronne qui, avant de devenir le roi Charles V, devait, à deux reprises, gouverner le royaume avec le titre de régent. Désormais, comme pour éviter qu’un ancien fief de l'Empire parût être uni à la couronne de France et par une mesure analogue à celle que je signalais tout à l’heure à 1 occasion des châtellenies de Crévecœur et d’Arleux en Cambrésis, le fils aîné des rois de France portera le titre de Dauphin; puis, sous Charles V et ses deux premiers successeurs, c’est-àdire jusqu’en 1461, le Dauphiné sera officiellement attribué à

PHILIPPE VI ET LE HOI JEAN

l’héritier présomptif de la couronne ; mais en réalité c’est une union déguisée, union qui devient réelle quand le roi n’a pas d’enfant mâle.

Pour arriver à ce résultat, il fallut bien dédommager Philippe, fils cadet du roi, à qui l’acte du 11 avril 1344 enlevait la possession éventuelle du Dauphiné. On lui constitua un apanage composé du duché d’Orléans, créé pour lui et formé des châtellenies royales d’Orléans, de Chàteauneuf-sur- Loire, de Vitry-au -Loge, de Lorris, de Nesploy, de Boiscommun, de Yèvre, de Janville, de Montargis et de Château-Renard, dont les chefs-lieux, sauf Janville (Eureet-Loir), sont tous compris aujourd’hui dans le département du Loiret ; à ces dix châtellenies, on ajouta le comté de Valois et le comté de Beaumont-le-Roger confisqué en 1332 sur Robert d’Artois. La compensation était telle que Philippe de France ne pouvait se plaindre, mais, ce qui valait mieux encore, le royaume y gagnait beaucoup, et d’ailleurs tout cet apanage devait revenir à la couronne dès 1375, par la mort, sans postérité légitime, du nouveau duc. Heureux le pays si toutes les aliénations qu’on allait bientôt faire de plusieurs parties importantes du domaine lui eussent été aussi avantageuses !

La possession du Dauphiné faisait de la maison de France l’héritière des différends qui depuis longtemps déjà divisaient le Dauphin de Viennois et le comte de Savoie possesseur, dans la suzeraineté du Dauphin, de neuf châtellenies situées dans le Viennois et dont les plus importantes étaient Voiron, la Côte-Saint- André, Septêmes et Saint-Georges-d’Espéranche, et dont la situation en plein Dauphiné, pouvait un jour constituer un danger de la part du comte de Savoie. Un traité conclu en 1354 mit fin à cet état de choses, en stipulant la cession par le comte de Savoie de ses possessions dauphinoises contre la baronnie de Faucigny et l’abandon de la suzeraineté de celle de Gex, seigneuries qui toutes deux étaient isolées du gros des états delphinaux.

Philippe de Valois avait pu descendre dans la tombe sans prévoir les tristes conséquences de la guerre avec l’Angleterre, cette guerre qui, alluméedepuis 1337 et se continuant pendant plus d’un siècle avec des trêves prolongées, devait être connue dans l’his-

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