XIV* LEÇON
CHARLES V, LE ROI RÉPARATEUR
Le roi de Navarre contraint de rendre Mantes et Meulant, en échange de Montpellier, et d’abandonner le comté de Longueville. — La Bretagne rentre sous la suzeraineté de la France. — Appel des barons gascons à Charles V. — 981 villes et châteaux du midi répudient la domination anglaise. — Abbeville et tout le Ponthieu ouvrent leurs portes aux Français. — Abandon à la couronne de la succession normande du roi de Navarre, sauf Cherbourg, en échange du duché de Nemours. — Tentative de confiscation de la Bretagne.
Consommation de l’union du Dauphiné à la couronne. — Union de Mouzon par voie d’échange. — Union de la châtellenie de Limoges. — Achat du comté d’Auxerre. - Retour à la couronne de l’apanage de Philippe d’Orléans, oncle du roi. — Achat du comté de Dreux.
Aliénations : — Abandon de la Flandre française en vue de faciliter le mariage du duc de Bourgogne avec l’héritière de Flandre. — Le Loudunois donné au duc d’Anjou en compensation de Chantoceaux cédé au duc de Bretagne. — Le comté de Poitiers cédé au duc de Berry en échange du comté de Mâcon.
Le royaume de France à la mort de Charles V.
La France féodale à la mort de Charles V.
Agé de vingt-sept ans lorsqu’il reçut la couronne, Charles V, qui avait déjà gouverné le royaume à deux reprises sous le titre de régent, était d’un caractère fort dissemblable de celui de ses deux prédécesseurs. Les épreuves de sa jeunesse lui avaient donné une expérience qu'on n’acquiert pas toujours avec l’âge ; mais il était valétudinaire et on donnait de ce fâcheux état de santé et de la pâleur qui en était un des symptômes une explication analogue à celle par laquelle, deux siècles et demi auparavant, on justifiait la pâleur de son ancêtre Louis le Gros : il aurait échappé aux atteintes mortelles d’un poison que lui aurait administré son beau-frère, le roi de Navarre. Moins heureux cependant que Louis VI, cet intrépide batailleur, il ne pouvait guère chevaucher et vivait enfermé dans ses demeures, donnant à l’étude le temps que ne réclamait pas le gouverne-
CHARLES V, LE ROI RÉPARATEUR
ment. Et pourtant ce fut lui qui présida au merveilleux et rapide relèvement de la France, alors si abaissée ; comme le dit Froissart, l’Hérodote français du xive siècle, le « roi Charles de France fut durement sage et subtil, car tout coi était en ses chambres et en déduits, si reconquérait ce que ses prédécesseurs avaient perdu sur le champ, la tête armée et l’épée au poing. »
Tandis que le roi Jean rentrait dans sa prison de Londres où il devait passer les trois derniers mois de sa vie, son fils aîné, régent, ne perdait pas de temps. Ne pouvant rien tenter contre les Anglais, Charles songea à faire pièce au roi de Navarre que, dix années auparavant, le traité de Mantes avait rendu si puissant en Normandie et dont les domaines s'étendaient vers l’est, au bord de la Seine, jusqu’à quelques lieues de Paris. Rien ne lui parut plus désirable que de redevenir maître du cours du fleuve, en reprenant Mantes et Meulant qui, depuis quarante-sept ans déjà, appartenaient à la maison d'Evreux. Le maréchal Boucicaut et Du Guesclin attaquèrent ces deux places et les enlevèrent par surprise au moment même où Jean II s’éteignait en captivité.
Quelques semaines plus tard, Du Guesclin battait à Cocherel, non loin d’Evreux, une armée navarraise fortifiée d’Anglais et de Gascons et commandée par le fameux captai de Buch qui se proposait, dit-on, de pousser avec elle jusqu’à Reims pour troubler les fêtes du sacre. La nouvelle de cette victoire remportée le 13 mai 1364, arriva à Reims la veille du sacre qui eut lieu le 19 mai. Charles ne s’endormit pas sur ce succès; il ne lui suffisait pas d’avoir recouvré Mantes et Meulant, il voulait les posséder légalement. Dès le 6 mars 1365, feignant de céder aux prières des deux reines douairières, Blanche d’Evreux, veuve de Philippe de Valois, et Jeanne d’Evreux, veuve de Charles le Bel, celle-ci tante, celle-là sœur de Charles le Mauvais, il se réconciliait avec ce prince en lui imposant l'échange ides châtellenies de Mantes et de Meulant contre la seigneurie de Montpellier qu’une distance de deux cents lieues séparait de la capitale. Par ce traité, le roi de Navarre dut également abandonner le comté de Longueville, en pays de Caux, dont Charles V avait gratifié, peu de mois auparavant, le vainqueur de Cocherel, Bertrand du Guesclin.
La première année du nouveau règne fut encore signalée par