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RETOUR DE LA BRETAGNE

la fin de la guerre de la succession de Bretagne qui, depuis vingt-trois ans, ensanglantait ce malheureux pays. Jean de Montfort, époux d’une fille d’Edouard III, profita du trouble qu’occasionnait l’avènement de Charles V pour tenter un effort décisif et, cette fois, il réussit. La bataille d’Auray se livra le 29 septembre 1364. Charles de Blois, protégé des Français, y perdit la vie ; cette bataille fut regardée par tous comme le jugement de Dieu, et Charles V lui-même l'accepta pour telle. Trop prudent pour se raidir contre la nécessité, il envoya le maréchal Boucicaut et l’archevêque de Reims, négocier un traité entre les deux maisons rivales. Un an auparavant, la veuve de Charles de Blois, Jeanne de Penthièvre, s’était refusée à ratifier un traité qui partageait la Bretagne entre elle et son compétiteur : elle dut enfin se contenter du comté de Penthièvre, qui répondait à un peu moins de la moitié du département actuel des Côtes-du-Nord, avec la vicomté de Limoges et une rente de dix mille livres. Après six mois de négociations, le traité définitif fut signé à Guérande, le 11 avril 1365. Jean de Montfort était reconnu par tous légitime possesseur du duché de Bretagne, sous la condition de faire hommage à la couronne de France, condition qu’il remplit l’année suivante. On lui rendit alors les autres fiefs que son père avait possédés dans le royaume et dont le plus important était le comté de Montfort-l’Amaury, auquel le nouveau duc devait son surnom. Cette paix, saluée avec enthousiasme parles Bretons, ne fut guère moins favorablement accueillie en France; il importait que la Bretagne cessât d’attirer les Anglais sur le continent et l’essentiel, d’ailleurs, était que le duc, quel qu’il fût, ne reconnût pas d’autre suzerain que le roi capétien.

Les traités qui terminaient les guerres de Navarre et de Bretagne, conclus à trente-six jours de distance l’un de l’autre, ne soulagèrent pas le royaume autant qu’on aurait pu le souhaiter. Les Grandes Compagnies et tous les gens d’armes sans emplois redoublèrent leurs ravages en diverses régions de la France. Seule, la principauté d’Aquitaine était à l’abri du fléau grâce à l’énergie bien connue du Prince Noir ; d’ailleurs, dit avec raison Froissart, la plupart de leurs capitaines étaient anglais ou gascons, sujets par conséquent d’Edouard III ou de son fils. Il fallait à tout prix en délivrer le royaume ; Charles V chargea Du Guesclin de cette difficile mission.

CHARLES V, LE ROI RÉPARATEUR

On pensa tout d’abord à envoyer les gens des Compagnies en Hongrie contre les Turcs ; mais les Allemands qui ne voulaient point être pillés s’opposèrent à leur passage. C’est alors qu’on songea à les déchaîner contre le tyran de l’Espagne, Don Pèdre le Cruel, roi de Castille, qui avait empoisonné sa femme Blanche de Bourbon, sœur de la reine de France. Leur séjour en Espagne se prolongea plus de trois ans et leur expédition aboutit finalement à l’intronisation définitive d’un allié de la France, Henri de Transtamare, frère naturel de Don Pèdre.

Dans cette guerre de Castille, Du Guesclin avait eu à combattre le Prince Noir qui, venu au secours de Don Pèdre, le rétablit momentanément sur le trône. Le prince de Galles revint d’Espagne atteint d’un mal qui dégénéra en hydropisie et endetté par cette guerre où il avait surtout voulu faire obstacle à l’influence française. Pour remédier au mauvais état de ses finances, il convoqua les Etats Généraux de sa principauté d’Aquitaine à Angoulême, en janvier 1368, et leur fit voter un fouage de dix sous par feu pour cinq ans, « afin d’apaiser, comme dit Froissart, le grand argent qu’il devait » sans renoncer au faste de sa cour, la plus dépensière d’Europe. Les seigneurs de Gascogne, notamment les comtes d’Armagnac, de Périgord, de Comminges et le seigneur d’Albret s’insurgèrent contre cette prétention et en appelèrent à Charles V, le considérant, en dépit du traité de Brétigny, comme leur seigneur souverain, prétendant que Charles n’avait pu renoncer aux droits de sa couronne, à sa suzeraineté, ni à la juridiction de sa cour des pairs et de son parlement.

L’appel des barons gascons, du 30 juin 1368, était un acte de rébellion au premier chef, si l’on considère la situation légale créée par le traité de Brétigny, et Charles ne pouvait l’accepter sans rompre ouvertement avec l’Angleterre. Avant de se prononcer, il déclara donc qu'il ferait examiner les clauses du traité. Mais les sentiments de la France n’étaient pas douteux : les prélats et les barons du conseil poussèrent vivement le roi à la guerre, lui montrant l’Aquitaine frémissante et prête à se soulever au premier signal. Et ils avaient raison ; car ce n’étaient pas seulement les provinces livrées en 1360, après avoir obéi plus d’un siècle aux Capétiens, qui montraient les sentiments les plus français, c’étaient même les pays gascons soumis aux Anglais jusqu’au temps de Charles le Bel, comme la seigneurie d’Albret et le comté d’Armagnac.

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