LES PRIVILÉGIÉS
Augustin Thierry, dans son Histoire du Tiers-État, montre combien avait été incomplet le mouvement d'affranchissement des populations rurales en France au xni^ siècle et au xiv* siècle.
« Et pourtant », ajoule-t-il', « cette masse d'affranchis encore attachés au domaine par quelque lien et tout au moins soumis à la juridiction seigneuriale, cette population qui ne relevait pas immédiatement de la puissance publique, pouvait déjà compter parmi les forces vives de la nation, elle était comme un corps de réserve, imbu d:: l'esprit patriotique et capable d'un élan spontané de vigueur et de dévouement. »
On n'en eût pu dire atilanl des populations rurales de la Prusse à la lin du xviii" siècle. Quel intérêt ces paysans, dont nous avons décrit la vie misérable, eussent-ils pu prendre au sort de l'État *? Après 1806, les hommes qui prirent en main le relèvement de la Prusse leur apportèrent, tentèrent du moins de leur apporter, le remède de leurs maux. C'est seulement alors que les populations rurales devinrent une force vive de la nation prussienne.
La classe privilégiée.
Pelil nombre des privilogiés. — Les provinces polonaises. — Les provinces centrales. — En quel sens le propriétaire noble est un grand propriétaire. — La propriété des biens nobles réservée à la noblesse. — L'idée de caste étendue des personnes au sol.
Faveurs économiques prodiguées à la noblesse. — Fondation des associations de crédit foncier aristocratiques. — Leur importance. — Les privilèges personnels.— Les préjugés aristocratiques de Frédéric IL — Le code général. — Historique sommaire. — La féodalité codifiée. — Uùle de l'aristocratie à l'armée. — La noblesse prussienne est une caste militaire. — Composition du corps d'officiers.
Vue générale de l'organisation sociale. — Intervention pénétrante de l'État pour le maintien de l'organisation féodale. — Socialisme d'État et féodalité.
Ainsi tandis que le pouvoir politique s'était déplacé, la constitution élémentaire de la société n'avait point été sensiblement modifiée, ou, si elle l'avait été, c'était au bénéllce de l'oligarchie. Ce que les Allemands appellent « l'État patrimonial », subsistait dans ses éléments
1. Augustin Thiekky, Essai sur l'histoire du Tiers-Élat, p. 62.