‹ La formation de la Prusse contemporaineChapitre 119 sur 570 · LE GODE GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LE GODE GÉNÉRAL

tribunal le plus élevé de la province *. Le droit exclusif de la noblesse à la propriété des biens nobles est affirmé. C'est par exception seulement, et avec l'autorisation expresse du souverain, qu'un roturier peut en acquérir. L'esprit de caste est poussé à ses dernières limites. Une jeune fille séduite peut prendre le nom de son séducteur, mais seulement s'il n'est pas noble. Il est interdit aux hommes de la caste privilégiée de conclure un mariage légitime avec une femme de l'ordre des paysans ou de la petite bourgeoisie. On distingue en effet entre la petite et la haute bourgeoisie qui comprend les fonctionnaires élevés exemptés du service militaire, les savants, les artistes, les commerçants ou industriels notables *. Carmer, frappé des conséquences inhumaines de cette interdiction, avait imaginé un palliatif original, il avait étendu à la noblesse le mariage morganatique, réservé jusqu'alors aux souverains, et institué entre personnes de conditions inégales un mariage de la main gauche; mais cette institution bizarre ^, dont l'idée était très personnelle à Carmer, ne subsista point dans le code définitif. L'interdiction demeura absolue *.

Caste personnelle, administrative, agricole, la noblesse prussienne est encore une caste militaire. L'armée a été pour elle une école de sentiment monarchique, mais elle en a fait son domaine ^

En 1739, l'annuaire prussien comprend trente-quatre généraux dont pas un n'est roturier". Le nombre des officiers dépourvus de titres de noblesse est des plus réduits : un colonel sur quarante-six, huit majors sur cent huit. En 1806, la proportion n'a pas changé. Sur sept à huit mille officiers prussiens, on n'en compte que six

^. BoRNHAK, I, pp. 31, 346, 357, 358, 367, 368, 370.

2. PiiiLiPPSON, I, p. 310. — Ernst Meieh, Die Refoitti der Verwallunga-Organisatioii iinter Stein und llardenberg, p. 316. — Menzel, Zwanzig Jahre preussischer Geschichte, p. 402.

3. L'acquisition d'une fortune considérable par le mari était un motif de rupture du mariage de la main gauche dans le projet de Carmer. Puiuppsox, I, p. 310.

4. Le Code général ne devait avoir qu'une valeur subsidiaire et l'on devait élaborer des codes provinciaux, mais celui de la Prusse orientale fut seul mené à terme en 1802, et la portée législative du Gode général fut accrue par suite de celle lacune. Bokmiak, II, 321.

5. Treitschke, I, p. 42. — Evinnerungen aus dem Leben der Feldmarschall's von

BOYEN, 1, p. 198.

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