LE GOUVERNEMENT DE CABINET
le type du despote éclairé avait réalisé un régime de compression des plus caractérisés, et si ses apologistes peuvent l'excuser par le souci coiislaiU do l'intérêt général qui en était la marque, les contemporains ne l'en trouvaient pas moins pesant pour être éclairé '.
Entouré des membres de son cabinet, personnages subalternes, véritables scribes, que le roi choisissait, de parti pris, parmi les hommes d'ordre inférieur incapables d'exercer une action, une inlluence, Frédéric H concentrait en lui-même toute connaissance comme toute direction '. Mais, pour soutenir un semblable poids, même dans un État réduit comme la Prusse, il fallait ce que Frédéric 11 avait seul : il fallait ses remarquables facultés intellectuelles, l'expérience d'un règne de quarante années.
Aussi, que devint le gouvernement entre les mains de son successeur? Mal préparé à recueillir l'héritage de son oncle, n'ayant ni l'ouverlure d'esprit, ni la volonté nécessaires * pour refaire un organisme gouvernemental plus approprié à ses aptitudes, il laissa dégénérer et se perdre la forme gouvernementale qui, entre les mains de son prédécesseur, avait donné des résultats si éclatants. Enclin aux résolutions précipitées, à une promptitude d'enthousiasme qui en avait fait un adepte des ordres secrets, révoquant, sous rinlhience de demain, la résolution prise sous l'inlluence d'hier, d'une extrême mobilité, doué de quelque bon sens naturel, mais sans aucune faculté de travail*, Frédéric-Guillaume 11 n'avait pas tardé à laisser échapper de ses mains débiles l'action gouvernementale \ L'on avait vu celle-ci passer à des agents subalternes, auxquels le voisinage immédiat du roi, l'influence que donne, par la force même des choses, le contact journalier, le caractère même et la paresse du souverain, avaient assuré une prépondérance décisive ". Au gouvernement personnel s'était substitué le gouvernement de cabinet ' qui allait jouer, dans
1. PiiiLiPi'soN, 1, pp. 10, 90. — Kanke, Zwôlf Bûcher preussicher Geschichte, I-II, p. 37*J. — ScuMOLLKH {neiduche Rundschau, XII, p. 273).