FRÉDÉRIC-GUILLAUME III
que son éducation, confiée à des personnages subalternes, avait contribué à développer \ il devait à une défiance extrême — et en quelque mesure justifiée — de son intelligence, cette irrésolution qui formait le trait saillant de son caractère. « Son éloignement pour toute mesure décisive », dit un des hommes qui connaissaient le mieux ses faiblesses pour en avoir souffert plus d'une fois, « dominait la rectitude de son jugement. « On apporta un jour à Hardenberg, alors premier ministre, un projet de dépèche, destinée à Napoléon *, à faire signer au roi. Elle débutait par ces mots : « Monsieur mon frère, je ne sais rien être à demi ». « Comment faire sortir ainsi le roi de son caractère, lui faire dire qu'il n'est rien à demi! » s'écria Hardenberg, qui supprima, sans hésiter, la première phrase.
Nous verrons quel éloignement les natures énergiques inspirèrent toujours à Frédéric-Guillaume III ^, et quelle passivité maussade ce caractère inerte opposa aux volontés fcrtnc^^ dont les circonstances lui imposèrent plus tard la direction.
Les rapports prussiens du temps, surtout ceux qui étaient destinés à passer sous les yeux du monarque, parlaient à chaque instant, en l'exaltant, du « caractère moral » du roi. C'était devenu, en quehiue sorte, un argument courant.
Il devait cette réputation à une conduite plus régulière que celh; de son père; à un goût marqué poui* la vie d'intérieur, dont la Prusse n'avait plus eu le spectacle, sur le trône, depuis le temps du Grand Électeur*, et qui l'avait porté dès les premiers jours de son règne, à faire emprisonner la comtesse Lichtenau, la maîtresse de son père. Il la devait surtout à son goût pour les moralités vagues.
Toutefois, tel était son défaut de décision, qu'il conserva la plus grande partie du personnel gouvernemental que lui léguait son père ^. Hungwitz, le principal agent de la politique extérieure de la Prusse,
1. Ranke, Denkwûrdigkeiten des Sliiatskanzlers Fùrsten von Hardenberg, III, pp. 525, 526. — Aua don Nachlasse Ludwiij's von deh Marwitz, I, p. 284. — Erinneruiir/en aus dem Lehen des Feldmarschall's von Roye.n, I, pp. 130, 180. — Skeley, Lifi! and Thnps of Slein, I, p. 1%. — D'après Clausewilz, c'est surtout une nature essciiliellement critique von deh Goltz, lioszbach und lena, p. 301.