‹ La formation de la Prusse contemporaineChapitre 159 sur 570 · UuKMiAK, il, |ip. Ul, 2TJ, 3U · texte numérisé non relu

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l'aristocratie FOiNCIÈRE ET L'ÉTAT PATRIARCAL. 129

tique de la Prusse, c'était celte aristocratie foncière qui dominait les populations courbées par la servitude. L'affaissement du régime personnel avait émancipé partiellement la caste privilégiée, on soulevant le joug qui pesait sur elle. Mais elle était incapable d'exercer une action ou de reprendre un rôle de direction.

La caste à laquelle le pouvoir monarchique avait sacrifié le développement social de la nation l'ut impuissante à compenser, par sa valeur ou ses mérites, les sacrifices qu'elle avait coûtés. Elle ne sut point justifier la situation exceptionnelle qui lui avait été faite, elle ne; sut qu'en abuser. Sou rôle, ses tendances, ses manifestations à la fin du xviii'' siècle, livrent les symptômes d'une décadence * aussi profonde que celle du pouvoir personnel.

Dans ce pays plat, soumis presque sans réserve à sa domination arbitraire, elle est loin d'exercer cette autorité patriarcale dont ceux de ses membres, qui ont plaidé pour elle devant la postérité, ont retracé le tableau ^ Le seigneur n'exploite pas seulement le tenancier à outrance, prompt à réclamer l'exécution militaire lorsqu'il rencontre quelque résistance ^ Il ne recule pas devant les abus d'arbitraire les plus criants *, devant les fantaisies les plus brutales. Ici, le seigneur, au sortir d'une orgie, arrache les serfs à la culture pour faire reconduire à leur demeure les hôtes venus des terres voisines; là, par les froides soirées de novembre, le paysan silésien, les jours de pèche seigneuriale, est contraint à briser la glace qui recouvre les lossés et à demeurer dans l'eau froide jusqu'à ce qu'on l'en retire sans connaissance ^

La noblesse prussienne n'a plus même, à la fin du siècle, les qualités d'une caste agricole *. Mille barrières artificielles, la culture banale, les communautés, entravent et rendent impossible le progrès agricole. En revanche, les faveurs économiques accordées à l'aristo-

i. Perïz, II, p. 156.

2. Voir les descriptions de Marwitz, leur insécurité. Uaeusseh, Deulsche Geschichte, m, p. 134.

3. Stadklmann, Publ. aùs den k. pr. Staatsarchiven, XXX, p. 65.

4. Stadeuiann, Publ. aus den k. pr. Staatsarchiven, XXX, p. 65. Voir les violences de mœurs et de langage.

5. Haeusser, m, 123. — Vahnhaoen von Ense, Denkwùrdigkeiten. — Knai'p, Die Buuein Bcfveiung, 1, p. 11.

6. Fhiupi'son, Geschiclite des preussischen Slautswesens, I, p. 458. — Voir l'appréciation de Frédéric 11, Stadklmann, Publ. nus den k. pr. StaatsurchiveHy XI, p. 130.

cratie foncière, la prospérité des institutions de crédit hypothécaire, produisent, après une longue période de paix, leurs premiers résultats. Les biens nobles, en quelques années, doublent et triplent de valeur *. L'esprit de spéculation s'empare de la noblesse.

Elle n'utilise pas seulement les banques de crédit agricole, créées par Frédéric II et Frédéric-Guillaume II *, pour s'affranchir de l'intermédiaire des usuriers, pour se procurer plus facilement les fonds nécessaires à l'amélioration de ses propriétés ou à l'introduction de procédés de culture perfectionnés. Elle les utilise pour donner carrière à son esprit de spéculation et de dissipation ^. C'est en Silésie que ces abus prennent le plus d'extension. En 1789, Struensee et Dankelmann proposent * d'élever quelque peu, dans la province, le taux d'intérêt des avances que la banque fait aux propriétaires. Ils voudraient assurer la création d'un fonds d'amortissement, et l'extinction progressive des dettes dont est grevée la propriété foncière. Ce sera, en môme temps, dit Struensee, un moyen de contraindre la noblesse silésienne à quelque économie, à une existence plus régulière {strenge Diaet). La noblesse, sous la direction de Hoym, s'oppose avec la dernière énergie à cette mesure utile, et en obtient le retrait. Elle continue à s'endetter sans mesure.

Le lien qui, dans l'État patrimonial, dans le système patriarcal, devrait, du moins, rattacher la famille noble au territoire qu'elle gouverne, se détend et se relâche partout \ La noblesse des Marches, dit un contemporain ", qui est un de ses défenseurs les plus convaincus, a abandonné l'épée pour la balance, l'acier pour l'or. Elle est devenue mobile comme le sable de la mer.

La caste privilégiée, à peu près affranchie de l'autorité royale depuis la mort de Frédéric II, n'offre plus, sous ses successeurs, que le spectacle de l'incapacité, du relâchement le plus absolu : « Ainsi »,

1. PiiiLippsoN, I, p. in. — Kiiuo, Betrachtungen ûber den National- Reicht hum des preus.tisclien SUiaie.t, I, p. 404.

2. Staoki.>ia>s, l'uhl. (lus den k.pr. Slnafsnrchiven, XXV, p. 38. — Erinnerungen au» dcm l.ebrn des FrlduiamchalVs von Hoykn, I, p. 284, 28i).

3. DBOYHKfi, UaM Lehrn drs Fcldmarschall's (irafi'n York von Witrlrnbnrg, I, p. 151. — DéjJi uous Frt'dérir II, Stadki.mank, Ptibl. aus den k. pv. Stadtsarrhirm, XI, p. i3i.

4. P1U1.IPPHOS, I, p. 466. — Stadei.hann, Piibl. au» den k. pr. Sluatsnrchivpn, XXV. p. 40, — SciiUcK, Die Mininter Slruensee, lloym und Stein {Afjhandlunrjen der trhU'Mitchfn (ieHelUc/infl, 1864, I, p. 33).

Tj. Pkmtz, II, p. 157.

6. DnovHui, Leben des FeldmarschalVa Grafen York von Warteinburg, 1, p. 137.

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