‹ La formation de la Prusse contemporaineChapitre 160 sur 570 · L'ARISTOCRATIE A L'ARMÉE · texte numérisé non relu

L'ARISTOCRATIE A L'ARMÉE

dit un historien allemand *, « le caractère national si sérieux, si anguleux: même, de l'Allemagne du Nord, le caractère national d'un peuple qui doit tout ce qu'il est à l'esprit de mesure et de règle, à l'esprit d'abnégation, de devoir, de dévouement à l'intérêt collectif, menaçait de faire place à une sensualité désordonnée, à laquelle manquait même la grâce des formes et de l'esprit, à la débauche déréglée et brutale *. »

A l'armée, les symptômes de la décadence ne sont pas moins apparents. On y peut relever — bien qu'elle vive toujours sur les souvenirs de la guerre de Sept Ans — tous les vices d'une armée de paix. La masse des officiers nobles est apathique et corrompue ^. Ce sentiment de l'honneur, dont Frédéric II faisait l'apanage de la noblesse, le stimulant de l'esprit de caste et de l'esprit de corps, ne préservent point l'armée prussienne d'une corruption générale. Les capitaines sont des entrepreneurs chargés à forfait d'entretenir leurs compagnies. Us sacrifient tout aux bénéfices illicites qu'ils peuvent réaliser sur cet entretien *.

Si la masse de l'aristocratie militaire se pervertit ainsi, les chefs militaires n'ont pas moins perdu le ressort et l'énergie. Ils portent des noms qu'ils ont illustrés dans la guerre de Sept Ans. Mais, vieillis dans une longue période de paix, ils n'ont plus ni activité, ni ardeur, et, depuis qu'ils ne se sentent plus tenus par le chef qui les a menés à la victoire, ils s'abandonnent à l'esprit d'intrigue ^ Dans la campagne de 1793, Môllendorf, Kalckreuth, font de la politique pour leur compte. Ils négocient avec l'ennemi en leur propre nom, comme des chefs politiques indépendants '.

i. Philippson, I, pp. 44, 43, à propos de la société berlinoise.

2. Philippson, I, p. 468; II, p. 237. Ces appréciations de Philippson ont été très contestées par la critique. — Treitschke les reproduit à peu près, I, p. 158. Elles sont d'ailleurs confirmées par l'aveu de York que nous citons ci-dessus. — Voir Sori:l, l'Europe et la Idùoliition française, I, p. 417. — Mirabeau, Histoire secrète.

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