‹ La formation de la Prusse contemporaineChapitre 168 sur 570 · Mahwitz, I, p · texte numérisé non relu

Mahwitz, I, p

MARWITZ ET HOYM. 139

entendit tout à coup s'élever en face de lui, la voix de tonnerre du major von Bredow, du régiment des gens d'armes, qui assistait à la cérémonie, comme propriétaire du bien noble de Zutzen, dansTUckermark : « En voilà assez, infâme gredin, qu'il se taise! » (la noblesse parlait au commun à la troisième personne) « s'il ne ferme pas sa « gueule à l'instant, aussi vrai que je vis, je l'empoigne et je le jette « dehors par la fenêtre. » Et il se dressa tout en fureur. Il était homme à faire comme il avait dit, et cela était facile à voir. Le démagogue devint pâle comme un mort, resta coi, tranquille comme une souris, et le banquet continua. »

Marwitz appartient à la fraction militaire et agricole de la caste. Hoym \ qui peut être pris aussi comme un type, n'a point cette vigueur, cette violence de passion brutale qui fait l'originalité et le mérite de Marwitz. il tient beaucoup plus du bureaucrate *. Nous ne le connaissons que par sa carrière; car il n'a pas laissé de mémoires où il ait pris soin de se peindre lui-même. Il a administré la Silésie, où il a exercé une sorte de dictature durant plus de vingt années, sous le règne de Frédéric II, de Frédéric-Guillaume II, de Frédéric-Guillaume III. Frédéric-Guillaume II lui a confié, en outre, l'administration des provinces polonaises, après la prise de possession. C'est à l'abri de son autorité et de sa grande situation, qu'ont eu lieu les scandales du trafic des starosties. Il administre, en Silésie, l'une des provinces où le relâchement, la corruption, l'incapacité, la tyrannie sociale de l'aristocratie foncière, sont les plus manifestes. Frédéric- Guillaume III en fait l'un des quatre membres de la commission qui doit réformer l'organisation financière. En relations intimes avec le cabinet, il conserve une influence qu'il met au service de la caste aristocratique ^, à laquelle il appartient. On le retrouve toujours prêt à la couvrir, à patronner ses résistances à tout progrès. Il allie la ténacité du préjugé nobiliaire à la force de résistance, à l'inertie du bureaucrate, à l'incapacité d'un esprit médiocre.

Lorsque, dans son gouvernement, dans les districts des tisserands silésiens, des troubles éclatent qui ont un caractère social, il se montre aussi pusillanime, aussi humble, aussi faible devant le danger que

1. Philippson, II, p. 138. — SchOck, Die Minister Struensee, Hoym und Stein {Abhanfllungen der Scfilesischen Gesellschaft , 1864, I, p. 39).

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