LA RÉFORME AGRAIRE SUR LES BIENS NOBLES
et qui leur affermaient, généralement pour six années, les terres dil domaine et les services des tenanciers qui en dépendaient *.
Sur les biens nobles, c'était d'nn acte de souveraineté qu'il s'agissait, d'une action législative qui eût touché au fondement même de l'organisation sociale , aux rapports des classes. Frédéric-Guillaume m, sur ce terrain ®, manifesta aussi peu de décision dans ses actes que de netteté dans ses vues.
L'autorité de l'aristocratie foncière résultait de la constitution même de la société prussienne ^, des conditions du droit privé, qui soumettait les personnes et les terres à la suprématie du bien noble. L'organisation sociale d'ancien régime était, de ce côté, demeurée intacte *. Il était impossible d'imposer au grand propriétaire l'abandon ou la restriction de son autorité sans une action en quelque mesure révolutionnaire '*. Or Frédéric-Guillaume III était pénétré de la nécessité de respecter ce qu'il considérait comme les droits acquis de l'aristocratie. Il regardait les charges, les services, les corvées imposées à la population rurale comme la propriété légitime du seigneur *. Il se montrait violemment hostile aux procédés que l'Assemblée constituante avait adoptés dès la première heure, lorsque, dans la nuit du h août 1789. elle avait aboli, sans indemnité, tous les droits féodaux qui tenaient à la servitude personnelle. Pour lui, la servitude personnelle ellemême, le servage, était une propriété, un droit acquis de l'aristocratie foncière '.
Une semblable théorie, si elle eût été maintenue dans sa rigueur, eût rendu toute réforme impossible. Frédéric-Guillaume 111 échappait par un biais à ses dernières conséquences. S'il considérait la sujétion héréditaire comme une propriété du seigneur, il n'admettait cepen-