WOLLNER ET L'ÉDIT DE RELIGION
de la religion luthérienne, qui se bornait à proclamer la liberté des croyances individuelles et à fonder toute croyance sur l'autorité des livres saints.
Il n'était point possible, ajoutait le consistoire supérieur, de dire que Schulz fût en dehors de la religion chrétienne. Il s'était borné à combattre des propositions au sujet desquelles on pouvait relever, à Tinlérieur même du christianisme, la plus grande diversité d'opinions. Le Kammergericht, le plus haut tribunal du royaume, avait rendu en conséquence, malgré les ordres de cabinet répétés, adressés par Frédéric-Guillaume II au grand chancelier ministre de la justice, un jugement conforme à ces doctrines : Schulz n'était point, il est vrai — déclarait le tribunal, — un pasteur protestant luthérien, mais il était un pasteur chrétien; sa communauté, sur laquelle il avait eu d'ailleurs l'action morale la plus bienfaisante, n'était point, il est vrai, une communauté protestante luthérienne, mais il fallait l'envisager et la tolérer comme une communauté chrétienne '.
De semblables tendances ne donnaient plus une satisfaction sufiîsante aux besoins religieux de ce temps *; elles n'avaient point tardé à provoquer une double réaction : une réaction politique et une réaction intellectuelle.
La réaction politique se manifesta avec une extrême intensité dès l'avènement de Frédéric-Guillaume H. On vit se produire une véritable explosion de mysticisme '\ Les ordres secrets de toute provenance recrutèrent des milliers d'adhérents, et ce mouvement de réaction mystique arriva au pouvoir en Prusse avec Frédéric-Guillaume IL Les hommes qui le représentaient, intrigants de bas étage, n'avaient du sentiment religieux retenu que l'hypocrisie; fort indifférents à la morale, ils avaient versé dans le mysticisme, les uns à moitié sincères, les autres y voyant un moyen d'iniluence qui leur réussissait à merveille. Wôllner était le directeur de la coterie; très haut placé dans les conseils du roi, ayant constitué, sous son autorité, toute cette organisation latérale dont nous avons indiqué les luttes avec l'administration régulière du pays, il avait conçu le régime le plus rigoureux d'oppression intellectuelle *. Non seule-
1. Philippson, I, pp. 36, 37, 40, 3o2, 354, 357, 360, 363; II, p. 62.