LES DIOSCURES ET LES XÉNIES
marque de l'importalion étrangère *. Comment ne se fiit-elle point effacée devant des tendances bien plus conformes au génie allemand*? Gomment ne se fût-elle point trouvée reléguée au second plan, lorsque des penseurs comme Lessing, Kant, Fichte, Herder, Goethe et Schiller abordaient à leur tour, dans la philosophie et dans la littérature, l'étude des problèmes que l'homme peut aussi peu fuir que résoudre, et que X Aufklârung avait cherché vainement à éviter dans son optimisme un peu terre à terre M
G'est en 1796 que XAufklarung reçut les coups décisifs *. Nicolaï s'était séparé ouvertement de Kant ', dont la philosophie dominait de plus en plus l'Allemagne, de l'école de Weimar, de Goethe et de Schiller, auxquels les attaques n'étaient point ménagées * dans tous les organes qui recevaient de Berlin leurs inspirations. Les « deux Dioscures » répondirent par la publication des Xénies '; et cette lutte littéraire qui agita l'Allemagne entière, et où V Auflddrimg succomba, établit définitivement la suprématie de Goethe et de Schiller. Décochant à leurs rivaux et à leurs adversaires les traits les plus mordants, dans cette suite de distiques qu'on appelle les Xénies, jugeant de haut les tendances et les écoles, Goethe et Schiller s'étaient arrogé une autorité que le public intellectuel ratifia.
La littérature et la philosophie nouvelles n'avaient conservé de XAufkUirimg que ses tendances libérales et humaines. Mais elles opposaient, au rationalisme un peu sec des Auf'kUirer berlinois, un sentimentalisme souvent excessif; à la superficialité des aperçus, la profondeur des conceptions; au scepticisme et au libertinage d'opinion, la soif de la vérité; l'impératif catégorique de Kant à la morale utilitaire; enfin la supériorité intellectuelle à une médiocrité incontestable.
11 serait toutefois impossible d'enfermer dans une formule ce mouvement intellectuel. Les courants d'idées qui s'agitent de toutes parts refiètent dans leur variété toutes les tendances de l'esprit humain. L'idéalisme de Schiller et le réalisme de Goethe se rencontrent dans
1. Voir, avec Frédéric II, le goût français à Berlin. Philippson, II, p. li".