‹ La formation de la Prusse contemporaineChapitre 207 sur 570 · Philippson, II, p · texte numérisé non relu

Philippson, II, p

7. Philippson, I, pp. 41, 42, 43, 380; II, pp. 3, 233, 234, 235, 238, 241, 243, 244.

les régions élevées où les oppositions s'atténuent et s'effacent. Mais, au-dessous d'eux, les contrastes s'accusent et se multiplient. Le trait le plus saillant est un individualisme ', qui domine à peu près sans réserve toutes les manifestations intellecluelles de l'époque.

L'Allemagne, par sa division et par sa décentralisation mêmes, par la multiplicité de ses foyers littéraires, par l'activité et l'intimité des relations qui s'y nouaient, par la prédominance des préoccupations intellectuelles qui les caractérisait, se prêtait merveilleusement à cette éclosion '. La division territoriale qui rendait impossible toute action commune, bien loin de mettre obstacle au libre échange des idées, favorisait au contraire le développement d'une multitude de centres intellectuels des plus variés "; et le public allemand rachetait son apathie politique par l'intensité de ses impressions littéraires, infmiment plus préoccupé de la représentation d'une iinivre dramatique, de la première leçon d'un professeur*, de l'apparition d'un poème, que des grands événements du siècle.

Toutefois, si, dans ce mouvement d'idées, les préoccupations esthétiques dominent, si l'étude de l'esprit et des sentiments humains, de la destinée humaine absorbent l'école tout entière, l'état de la civilisation, l'état de l'Europe ne permettaient point que le mouvement des esprits fût restreint dans un cadre aussi étroit qu'au wii"" siècle en France. Si les grands classiques étudient l'homme à un point de vue général et abstrait, ils ne se placent point, autant que la plupart des classiques français du xvii" siècle, en dehors du monde qui les entoure. Ce n'est pas seulement dans l'histoire, c'est dans la réalité qui s'agite à leurs côtés, c'est même dans les événements qui se déroulent autour d'eux, qu'ils cherchent ce que notre langage actuel appelle les documents humains. Les Allemands ont beau opposer les tendances idéalistes de Schiller au réalisme de Goethe, le subjectif à l'objectif, ces deux grands esprits diffèrent moins qu'on ne pourrait croire; leur puissance de généralisation est la même. Tous deux vont puiser leurs conceptions à la source de la réalité et lous deux la dédaignent, .\ncun des deux n'est étranger au inonde réel; tous deux prétendent le dominer et s'élever au-dessus de lui.

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