Ranke l'appelle Rhode, I-II, p
i6 FORMATION POLITIQUE DE L'ÉTAT PRUSSIEN.
moins à la résistance. Le conseil executif qu'elle avait de longue date constitué pour la protection de ses intérêts, les quatre conseillers supérieurs, en rapports constants avec Schwerin et avec le gouverneur, avaient bien, comme les magistrats de Kônigsberg, tenté de prendre une situation transactionnelle; mais ils étaient bien vite devenus suspects à la petite noblesse, docile seulement à la voix des meneurs les plus violents. Le plus écoute d'entre eux était le lieutenant général Kalkstein. « Moitié Polonais, moitié Allemand », dit un historien *, « il représentait bien la noblesse du duché de Prusse. A la fois autoritaire et intrigant, mettant pour un rien le pistolet ou Tépée à la main, il offrait le plus curieux mélange d'arrogance et de bassesse; c'était un type achevé d'aristocrate démagogue que tout son orgueil n'empêchait point d'être à la fois avide, calculateur et frivole. » Son fils, le colonel Kalkstein, ayant perdu, pour plus d'un méfait, la capitainerie d'Oletzko, avait été cacher ses rancunes à Varsovie. Passé au service de la Pologne, il y dirigeait les pourparlers secrets avec le gouvernement polonais. Le père, tout en conduisant celte intrigue, prodiguait à Schwerin et à l'Électeur les assurances outrées de son dévouement.
Dans ce milieu à demi barbare, où la basse duplicité s'alliait si bien à la brutalité, où la platitude était si près de la violence, où les expressions exagérées de la fidélité dynastique cachaient mal une révolte prête à se porter aux derniers excès, Schwerin avait fort à faire -. Se rendant mieux compte de près des diflicullés, il insistait à maintes reprises auprès de l'Électeur pour le déterminer aux concessions, pour lui persuader qu'il n'obtiendrait rien s'il ne réduisait ses exigences au minimum. Les États cependant s'excitaient à la résistance dans leurs réunions tunuiltuenses. Les villes et la noblesse semblaient marcher d'accord, et, dans une situation aussi tendue, Schwerin n'avait d'autre ressource que d'ajourner les États. De juin KWil à la lin de la crise, en 1003, ils ne lurent pas prorogés moins de trois fois.
En même temps, il tentait, sans grand succès, d'intimider les opposants les plus irréductibles.