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Roth, mandé chez lui, y avait tenu le langage le plus insolent : « L'Électeur nous a réduits à la misère », disait-il, « il veut encore nous réduire à l'esclavage ». Puis, ajoutant qu'il tiendrait le même langage à Frédéric-Guillaume lui-môme, il se lançait dans une apostrophe déclamatoire : « N'est-ce pas assez, ô Electeur, de nous avoir ravi nos biens, et veux-tu nous ravir encore notre liberté? Ne peux-tu t'en tenir à l'état de tes ancêtres, et nous laisser le nôtre? » Et comme il continuait, Schwerin dut le pousser dehors.
Mais il ne put obtenir ni des conseillers supérieurs, ni des magistrats, aucune action conlre Roth. Les uns et les autres tenaient un langage au j'eprésentanl de l'Électeur, un autre au sein des États ou à la maison de ville. Us voulaient, disaient-ils, avant d'agir contre Rolh, s'assurer si le coupable n'éprouvait pas quelque repentir. Celui-ci n'y semblait point enclin. Passé à l'état de héros populaire, il était bien gardé par la bourgeoisie et par les corporations.
Avec Kalkstein, Schwerin eut la main plus heureuse. Celui-ci, froissé d'une élection faite au sein des États et qui le privait d'un litre sur lequel il avait compté, fit, avec sa violence ordinaire, une scène éclatante, couvrant d'injures les membres des États. 11 fut expulsé et dut quitter la place.
Schwerin avait cependant amené l'Électeur à réduire de plus en plus ses exigences. La noblesse paraissait disposée à la rigueur à reconnaître la souveraineté de l'Électeur, pourvu qu'elle conservât ses privilèges qui en étaient la négation même, pourvu surtout que l'on ne touchât point à l'autorité des conseillers supérieurs, qui était la pierre angulaire de l'édifice.
Frédéric-Guillaume, de son côté, paraît eu être arrivé peu à peu à penser que l'essentiel était pour lui d'obtenir, ne fût-ce que pour la forme, la reconnaissance de sa souveraineté et, pour le surplus, de faire toutes les concessions nécessaires. Il jugea avec raison que, lorsque les États auraient, en reconnaissant les traités qui l'affranchissaient de tout lien de vassalité, perdu tout droit d'en appeler à un suzerain étranger, il pourrait s'en rapporter au temps et à son action ultérieure, pour développer et asseoir plus solidement son autorité dans la province.
H détacha ainsi insensiblement au milieu de difficultés, de péripéties sans nombre, la noblesse des villes. Les grands propriétaires fonciers se montraient d'ailleurs plus disposés à consentir une prolon-
galion de l'accise, impôt indirect dont le poids principal retombait sur les populations urbaines, et ces dispositions n'avaient pas moins contribué que les tendances plus modérées de la noblesse à amener une scission au sein des États.
Les villes, ou plutôt les trois villes de Kônigsberg — car les villes secondaires se fussent montrées à elles seules beaucoup moins intrai-^ tables, — Kônigsberg donc ne faiblissait point dans son opposition.
Roth bravait toutes les menaces, tenait la ville, l'entraînait à une résistance qui prenait de plus en plus le caractère d'une rébellion ouverte. L'accise n'était plus payée et Radzivill ne recevait plus rieu; pour l'entretien de ses troupes. « Les recettes des domaines », disait^ il, « ont disparu ou du moins on me les cache. Il est des mois où je n'ai pu toucher que vingt thalers pour les dépenses les plus indispensables. J'ai honte de parler de ma misère, mais je n'ai plus rien à mettre engage, l'accise ne rapporte plus un liard.... Troupes et forteresses, tout périclite, car avec quoi faire vivre le soldat? »
Toutefois, à mesure que le conilit prenait une tournure plus violente, la supériorité qu'assurait à l'Électeur la force militaire qu'il avait organisée apparaissait et s'accentuait.
Radzivill, enfermé dans sa forteresse, avec ses six cents hommes de troupe, ses patrouilles de dragons circulant aux alentours, était dans une situation inexpugnable; et si les bourgeois de Kneiphof^ les plus ardents, avaient manifesté quelques velléités belliqueuses» commencé «pielques fortilicalioiis, ils les avaient abandonnées en voyant les canons du fort braqués sur eux. Us n'avaient même pas échappé, en rentrant chez eux, aux railleries de leurs voisins de la vieille ville et de Lobenicht qui les regardaient faire.
La Pologne, de son côté, avait bien pu jouer double jou durant toute la crise; mais sou impuissance était trop réelle pour qu'elle pût passer aux actes. Roth s'était rendu, de sa personne, ù Varsovie et le roi de Pologne lui avait fait parvenir i)ar l'autre Rolh, le plus jeune, un écrit signé de sa main et ri; velu de son sceau, dans lequel il prodiguait aux habitants de Kônigsberg les encouragements et les promesses. Mais lorsque l'Électeur, ayant appris que l'on promenait cet écrit dans les rues de la ville, avait fait demander par lloverbeck,. son envoyé u Varsovie, des explications au roi de l'ologne, celui-ci g'étail tiré d'affaire en niant ses ra|q)orls uvw Hdili, on déclarant que l'écrit et le sceau avaii-nt dil lui être arrachés par surprise, et en
LE CONFLIT DANS LA PRUSSE ORIENTALE. i9
donnant au représentant de l'Électeur une déclaration authentique qui révoquait la première \
Tandis que se préparait ainsi la solution, l'Électeur avait pris le parti, malgré les instances des siens, qui craignaient qu'on ne l'empoisonnât, de se rendre en personne à Kônigsberg, et tandis que l'annonce de sa venue, révoquée en doute par les plus ardents, intimidait les plus rélléchis, il arrivait à la tête de 2 000 hommes. Le 25 octobre 1(5G2, il avait fait son entrée solennelle dans la ville, au milieu d'une foule qui l'acclamait, tant la fidélité dynastique se mêlait étrangement aux idées d'autonomie.
L'Électeur ne perdit pas de temps. Le 30 octobre, il lit occuper les portes de la ville. Cent cavaliers descendirent du château, bloquèrent la rue où se trouvait la demeure de Roth; celui-ci fut saisi et conduit au château, où on l'enferma; personne ne remua. Cet acte décisif avait réduit, en un jour et sans coup férir, la résistance de Kônigsberg.
La ville soumise, l'ÉK'cteurse retrouva en présence de la noblesse. Kalkstein, revenu à Kônigsberg, s'était prudemment enfui en apprenant l'arrestation de Roth. Mais, malgré son absence, il ne fallut pas moins d'une année * à l'Électeur pour triompher du mauvais vouloir persistant de l'aristocratie. Ce fut seulement au mois d'octobre 1663, qu'il put quitter la province, après avoir obtenu, comme seul souverain du duché de Prusse, en présence des délégués du roi de Pologne, l'hommage des États.
A Clèves-Mark, le conflit de Frédéric-Guillaume avec les Étals provinciaux ' présente des caractères très analogues. Avec moins de violence dans les mœurs, une résistance moins acharnée, un succès plus complet pour l'Électeur, ce sont, à très peu près, les mêmes péripéties. L'appui extérieur de l'oligarchie, au lieu d'être en Pologne, est en Hollande. Au dernier moment cet appui lui manque *; l'Élec-