‹ La formation de la Prusse contemporaineChapitre 244 sur 570 · HAUGWITZ A SCHOENBRUNN · texte numérisé non relu

HAUGWITZ A SCHOENBRUNN

Cuillaume III, celui de l'indécision la plus funeste ^ Elle avait laissé croître, dans une inertie voulue, les forces contraires qui l'enserraient. Napoléon pouvait dire : « La Prusse est devenue un État de second ordre * » ; et, en fait, on ne respectait plus, d'un côté ni de l'autre, l'intégrité même de son territoire.

Le 30 octobre, Alexandre était arrivé à Potsdam. Le 3 novembre, avait été signé le traité qui liait Frédéric-Guillaume III à la coalition. La Prusse devait, en renouvelant ses offres de médiation, présenter à la France l'ultimatum de la coalition. C'était Ilaugwitz qui était chargé de porter à Napoléon ce message impérieux. Rentré depuis peu au ministère pour y traduire les indécisions du roi', apportant à traiter les affaires la plus grande négligence \ il personniliait aux yeux de tous la politique d'inaction ^ Il voyait croître ■chaque jour contre lui la méllance de l'Europe ° et l'irritation des patriotes prussiens. Il allait justifier l'une et l'autre ^ en donnant au traité de Potsdam le plus étrange commentaire.

Retardant volontairement son voyage, voyant Napoléon une première fois à la veille d'Austerlitz, il avait ajourné toute explication. Lorsqu'il revit l'Empereur, la coalition avait été se jeter, eu précipitant les événements, au-devant du coup qui l'attendait. Elle avait été dissoute par la défaite. Que pouvait faire Haugwitz? Il signa à Schoenbrunn le traité par lequel la Prusse acceptait le Hanovre des mains de Nai)oléon. Le ministre prussien, chargé de parler au nom de

1. Baim.eit, II, p. Ixviij. — Ff.htz, 1, p. 302. — lun C,epr,~'ie von Ualhlieit xmd Vnentschlossenhelt, vrlches von Wiedersprùcbeii und Zuri/leuligkeit nich /rei •imr, dil Baii.lei, II, p. Ixiv. — Trkitsciike, I, p. ii2;t.

2. Haeusskr. Il, p. 701. — TiiKiTsciiKE, p. 223. — Voir l'impression générale. Baillku, II, p. Ixix.

3. Baiu.eu, II, p. Ixv. — IIakusser, II, pp. C03, 608. — Ra.nke, llardenberg, I, p. 623; 11, pp. <Ja, 300, 386, 410.

4. L'envoyé français connaît tous les secrets du cabinet de Berlin. Baillei', I, -p. liij. — Ranke, Hardf'iiherçi, V, p. 214. — Voir la dcpt'-ctie de de Bray publiée par Bailleu, II, p. 621. — Ranke, llardenberg. II, p. 29, tinqlauhlich nachlûssig.

5. Talleyrand écrit d'Ilaiigwitz, vers 1199, qu'il porte à ses dernières limites le «ystème du rien faire. Baili-ec, 1, p. Iviij. — Ranke, llardenberg, II, p. 138.

6. Haeusseu, II. p. 640. — Voir, 14 mai 1806, dépêche de Gollz. Ra.nke, Hardenherg, III, p. 113, III, p. 26. — Voir la confiance de Napoléon dans les sentiments français d'Haiigwitz, ihid.. II. p. 3r>5. — Les adhérents du système français, dit llardenberg en décembre 1803. ihid.. V, p. 214.

7. D'après les dépêches de Laforèt, Ranke, Hardenberg, II, p. 449, il semble bien que Haugwilz fut l'agent d'une intrigue nouée par le cabinet, par Lombard avec les représentants de la France. Voir encore, ibid., pp. 603-604. — Dans le livre qu'il vient de publier tout récemment, HIkfeu défend Lombard contre cette accusation. Hikeer, Uie Kabinetsregierung und J. W. Lombard, p. 473.

214 LA POLITIQUE. EXTÉRIEURE DE LA PRUSSE AVANT lÉNA.

la coalition, avait, de sa propre autorité, attaché son gouvernement à l'alliance française'. On avait vu ainsi successivement la Prusse, mobiliser son armée contre la coalition, sous le coup des menaces d'Alexandre, — se lier avec elle par le traité de Potsdam, quelques jours plus tard, après la violation des duchés franconiens par l'armée française — et se livrer à la France au lendemain d'Austerlitz, le -tout en moins de six mois.

Mise en demeure de ratifier l'accord conclu entre Napoléon et Haugwitz, la cour de Berlin ne sut même pas se résoudre à l'accepter sans modifications -. Avec ce goût caractéristique des atermoiements qui distingue la faiblesse, elle espéra du moins se soustraire à la nécessité de rompre avec la Russie et avec l'Angleterre. La ralilicalion fut donnée sous réserves. Entre temps, l'Autriche avait signé la paix, et l'Empereur, dégagé de ce côté de toute préoccupation, bien loin d'accepter les modifications proposées par la Prusse, lui imposa un nouveau traité plus rigoureux encore que celui de Schoenbrunn, le traité du 15 février 1806.

Si la Prusse avait encore eu, après Schoenbrunn, quelque semblant de libre arbitre, elle n'avait pu, en février 1806 •', sauver les apparences. Sans avoir tiré l'épée, elle avait dû, comme au lendemain d'une défaite, accepter, sans avoir le droit de les discuter, les conditions de la France. File n'avait eu le choix qu'entre la ratification immédiate et une lutte que son armée, démobilisée par une dernière imprudence *, n'était pas en état de soutenir. Le traité qui lui donnait la poss(>ssion précaire du Ihinovre, était venu rendre ainsi apparents aux yeux de tous la faiblrsse et l'abaissement où sa longue inertie l'avait réduite.

Après avoir reculé sans cesse, elle se trouvait acculée en fin de compte à cefte résolution devant laquelle elle s'était constamment dérobée. Il lui fallait ou devenir, avec les Ëtats de la Confédération du Hhin, vassale de la France, ou se résigner à cet effort suprême d(!vant I('(1U('I elle hésitait di'puis des années. Mais dans quelles conditions allait-elle le tenter? Dt'-jà à moitié vaincue, désemparée, sans direc-

1. Maklb^kh, II, pp. Oii, OCtO, 001. — iiAiLi.Kd, 11, p. Ixv. - Hankic, lluitlinhcrg, I, p. 380.

2. Hakuhhkk, 11, p. 0<10. — Rankk, lliirdtm'ipifi, I, pp. 510, ÛOO.

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