‹ La formation de la Prusse contemporaineChapitre 248 sur 570 · LES NÉGOCIATIONS SECRÈTES DE HARDENBERG · texte numérisé non relu

LES NÉGOCIATIONS SECRÈTES DE HARDENBERG

Hardenberg lui-même — et il s'en montrait assez froissé — était tenu à l'écart de la politique officielle *.

Lorsqu'on août 1806, la Prusse, après de nouvelles hésitations, se résolut à la guerre, lorsqu'elle apprit que Napoléon, en pourparlers avec l'Angleterre, offrait à celle-ci le Hanovre qu'il venait de céder à la Prusse, et lorsque, sous le coup de cette nouvelle, elle mobilisa son armée, Haugvvitz, qui restait à la tête des affaires, fut encore tenu à l'écart de la négociation conduite par Hardcnberg. Cette négociation d'ailleurs n'était pas destinée à aboutir. A une époque où le concours de la Russie était si impérieusement nécessaire à la Prusse, quelques semaines avant léna, les deux puissances avaient échangé des déclarations; mais Hardenberg continuait à rester éloigné, et aucune ■convention ferme n'avait été conclue en vue de la guerre qui allait éclater *.

Tel était l'état de faiblesse, d'incapacité, de discrédit auquel était réduit, sans avoir tiré Tépée, sans avoir subi de défaites, un État qui, cinquante années plus tôt, avait su s'imposer à l'Europe coalisée contre lui, et qui, moins de vingt années auparavant, avait encore paru occuper en Europe une situation dominante.

On a apprécié très diversement les causes de celte décadence et la politique ((ui, de 1796 à 1806, tint la Prusse à l'écart des événements qui agitaient l'Europe. On l'a jugée plus d'une fois en France du point de vue exclusivement français. Les apologistes de l'Empereur ont violemment reproché à la Prusse de n'avoir pas associé sa fortune à celle de la France ^. ils ne paraissent pas s'être demandé si celte association ne lût pas devenue rapidement un asservissement * qu'une nation digne de ce nom ne pouvait accepter. Préoccupés du caractère de plus en plus démesuré des projets de Napoléon, ils lui ont cherché des alliés, et ont jeté les yeux sur l'Ëiat prussien. Ils

1. Ranke, Hardenberg, 1, pp. 601, 612, 615, 623, 632; II, p. 563; III, pp. 1 et suiv., 33, 40, 45, 52, 01. — Pertz, I, 228. — Gollz écrit assez plaisaimnoril le 15 juillet 1806 : « Il est certain que la diirérence entre le lanj;age coiilldeutiel et officie! ne peut pro-luire à la longue que de très grands inconvénients. Je suis déjà souvent dans le cas de ne pas savoir de quel bois faire flèche, et en vérité il faut plus que du bonheur pour ne pas finir par se comprometlre » Dépêche de Gollz à Hardenberg, du 21-15 juillet 1806. — Rankk, llardenherf/, 111, p. 101.

2. Ranke, llarde?iber(j, I, p. 612, 615, 630; III, pp. 45, 104, 119, 120.

3. Voir Hardenberg en 1808 contre cette théorie, Ranke, Hardenberg, II, p. 206.

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