Ranke, Uardenberg, I, p
250 LA POLITIQUE EXTÉRIEURE DE LA PRUSSE AVANT lÉNA.
fin de 1805 et au début de 1806, rabaissement de la Prusse, « je ne sais si l'on a le droit de parler, autant qu'on le fait, de fautes commises, d'occasions perdues, de négligences coupables. Les événements dominent les hommes ; ils se déroulent avec un caractère d'inéluctable nécessité; ils portent en eux le cachet de la fatalité. »
11 y a, nous semble-t-il, d'autres conclusions à tirer de l'histoire des vicissitudes qui ont porté d'un extrême à l'autre les destinées de la Prusse, à la fin du xviii* et au commencement du xix" siècle. Le patriotisme allemand peut juger avec une sévérité méritée les hommes qui, dans cette période où l'Allemagne subit sans résistance et sans effort la loi du vainqueur, ont semblé perdre toute notion de dignité et d'indépendance. Mais il serait puéril de dire que rabaissement de la Prusse avant léna fut seulement l'effet d'une défaillance accidentelle chez le souverain et chez les ministres qui ont dirigé ses destinées.
D'autre part, la doctrine qui cherche à excuser les faiblesses des hommes, en les représentant comme des victimes de la fatalité, n'est pas moins incomplète. La fatalité n'est qu'un mot : il faut tout au moins l'expliquer. S'il est vrai de dire que les événements liisloriques sont plus forts que les hommes, s'ils portent en eux un caractère d'inéluctable néc<;ssité, c'est qu'ils ne sont qu'un long enchaînement de causes et d'effets.
La période d'abaissement dont le désastre d'iéna apparaît nmiiiie la conclusion logique, s'explique dans l'histoire de Priisse, comme sa grandeur au temps de Frédéric, comme son relèvement dans la guerre d'indépendance, par tout le développement de son histoire inléiicnre.
Si elle a pu s'élever au rang des grandes puissances européennes au xviii" siècle, c'est qu'elle seule a su, dès le lendemain dcï la !j;nerre de Trente Ans, dans les ruines du vieil empire gerniani([ne, dans ce milieu d'impuissance et d'anarchie, extraire des débris du monde féodal un Ktat jeune et fortement conslitué.
Si elle s'iifface et disparai! plus lard, c'est qu'elle est atteinte à son tour de l'irrémédiable faiblesse des r.lats d'ancien régime en face de la Révolution française; c'est (pie l'absolutisme, jeune encore, qui avait, avi'c Frédéric II, dans l'effort d(î sa formation réceiiltî, au milieu des monar<-hies abàlardies de la vieille Fui'ope, doinié une si frapjuinte impression de vigueur et d'énergie, snbii à son lonr la loi commune de la décadence inlc'rieurc.