MASSENBAGH ET LE PARTI FRANÇAIS
façon voilée. Il était le représentant le plus achevé de ce parti qui portait à un degré extraordinaire, dans la politique prussienne, l'oubli de la nationalité *.
En 1805, au moment où la Prusse semble près d'accéder à la coalition, à la suite de la violation des duchés franconiens, l'armée est mobilisée; Marwitz se rend plein d'ardeur au quartier général à Erfurt; il rencontre Massenbach * : « Je croyais », dit-il', « trouver un vrai Prussien, un homme de qui je pourrais apprc;ndre beaucoup. Je m'avançai tout joyeux vers lui. — « Que venez-vous faire ici? me « dit-il, faire la guerre? Nous ne ferons pas la guerre. C'est contre « les Russes qu'il faudrait nous battre et non ici; mais je vous répète « que nous ne ferons pas la guerre, ou bien il faudrait que le roi fût « devenu fou. » Marwitz se récrie : « Si c'est être fou que d'avoir « le sentiment de l'honneur, je voudrais que le roi fût fou et tous « ses sujets avec lui. — L'honneur, répond Massenbach, l'honneur « est un mot, une formule creuse. Notre honneur, ce serait de faire « cause commune avec Napoléon, mais il saura bien s'en tirer sans « nous. Je vous répète que nous ne ferons pas la guerre. »
Tels étaient les sentiments de la coterie qui dirigeait le roi. Dans une apologie publiée en 1808 *, deux ans après sa chute, Lombard, qui (Ml avait été l'inspirateur, regrettait que l'on n'eût pas accepté sans mol dire la violation des duchés franconiens : « N'eût-il pas mieux valu convenir de sa faiblesse sur un point, que de s'exposer à des événements qui la démasquaient sans retour? » et plus loin, parlant du traité que Haugwitz rapportait de Schoenbrunn, il ajoute : « De ce moment, la Prusse devait prendre son parti et le prendre sans arrière-pensée, s'attacher aux destinées de la France et monter avec elle, soit pour partager sa fortune, soit pour lui résister un jour. »
La présence de Hardenberg au sein du cabinet prussien gênait fort Haugwitz, Lombard et leur coterie ^. Sans soupçonner l'importance
1. Lehmann, Scharnhorst, I, pp. 4t7, 472. — Archenholz publie huit jours après la capitulation de Bliicher ses Belrachtungen eines Deutschen am Grabe der preussischen Monarchie.
2. Ranke, Hardenberg, I, p. 549; II, p. 359. — Huffrr, Die Kabinetsregierung in Preiiszen und J. W. Lombard, p. 366.