LE MÉMOIRE DU 2 SEPTEMBRE
le caractère d'uiiu œuvre liuéraire, l'écrit de Jean de Millier était également une critique véhémente de la politique suivie dans les derniers mois, et une attaque dirigée contre le cabinet : « L'année, le public tout entier », disait-on *, <* les cours étrangères les mieux disposées pour la Prusse, éprouvent pour le cabinet de Votre Majesté, tel qu'il est actuellement organisé, la méllance la plus profonde.... La
voix publique parle même de prévarications * C'est seulement par
l'éloignement du Ministre des Affaires étrangères , comte de Haugwitz, et des deux conseillers de cabinet, Beyme et Lombard, que l'on obtiendra le retour de la conliance, des sentiments énergiques, et que l'on fera renaître la paix dans les esprits et l'espoir fondé d'une solution heureuse. »
Le mémoire fut porté au roi à Charlulteiiburg par un aide de camp de Riichel ^ Celait, de l'avis de Hardeidierg, une inconvenance et une faute grave * : il ent fallu, disait-il, le lui remettre de la main à la main, et Ini exposer en même temps, dans le langage le plus cordial, les motifs ([ui avaient dicté une semblable démarche; il eût fallu surtout tenir à l'écart les princes de la famille royale.
De fait, les prévisions de Hardenberg se trouvèrent justifiées. Frédéric-Guillaume III, en recevant le mémoire, s'emporta ^ La reine, qui était présente, bien loin de prêter quelque appui aux signataires, parut partager * les sentiments de son époux. Le roi ne voulut voir dans celte manifeslalion que l'acte de sujets révoltés contre leur souverain, et parut d'abord disposé à prendre contre eux les mesures les plus graves. Il se borna toutefois à répondre en termes sévères à Rucliel en lui reprochant son insubordination. Phull, qui devait faire la campagne auprès du roi et à la tête de son état-major, fut privé de son poste, et chargé de témoigner à Stein le mécontentement royal. Les princes furent congédiés assez rudement et renvoyés à l'armée.