LA VILLE DE BERLIN
dans une situation parliculièrement difficile '. Résidant à Berlin, elle était en contact immédiat avec Clarke, Daru, Bignon, Estève, avec les agents français qui concentraient entre leurs mains l'administration du pays conquis et occupé, dont la Marche Électorale représentait à elle seule la moitié. Elle imagina, pour s'assurer le concours de la noblesse de la province, un mode de représentation assez imparfait ^.
On chargea les conseillers provinciaux, ces intermédiaires hybrides de l'autorité centrale et de l'aristocratie locale, à la fois fonctionnaires et propriétaires nobles, représentants de la puissance royale, mais encore dans une certaine mesure délégués de la noblesse, de désigner dans chaque cercle un député. Dans les villes, on confia le même soin aux magistrats nommés par le roi.
Le 1!i novembre ^, les députés ainsi choisis se réunirent à Berlin. Ils étaient au nombre de vingt-cinq; dix-huit représentants de la noblesse, tous chargés à des titres divers de fonctions administratives, et parmi eux, six conseillers provinciaux, qui s'étaient désignés euxmêmes, et sept députés des villes immédiates, bourgmestres ou conseillers de justice.
A Beilin même, l'organisation spéciale instituée après l'occupation était fort analogue à celle que nous venons de décrire.
Dans l'ancien État prussien, nous savons que toute trace d'autonomie municipale avait disparu. Jj'adminislration de la ville de Berlin se prêtait mal, sous sa forme ancienne, aux vues de l'Empereur. H avait à demander aux habitants, sans parler de la contribution de guerre spéciale qui leur était imposée, des sacrifices en nature ou en argent considéiables. Pour en assurer la rentrée facile, pour faire l)roduire à la matière contribuable tout ce qu'elle pouvait donner, il fallait, entre l'armée française et la population, un intermédiaire autre que les magistrats municipaux nonuués par le roi. De même qu'il avait insisté pour la réunion des États provinciaux, l'Empereur fit réunir dans l'église Saint-Pierre 2000 habitants des plus aisés de Berlin ^ et leur fit désigner par une double élection, après leur avoir
i. Bassewitz, die Kwmark Ih-andenbiirg, I80(i-I808, II, pp. 5 à 13. 2..B.\ssK\vn/, die Kurmark Bmndenhury, 1806-1808, 11, pp. 9-10, 16, 22. — Mar- WITZ, I, p. -iTS.
3. Basskwitz, die Kurmark lirandenbitrg, 1806-1808, 11, p. 10.
4. Mauwitz, 1, p. lyO. — Bassewitz, die Kurmark Brandenburg, 1806-/808, II, pp. 238-240.
recommandé de" choisir des citoyens animes d'un bon esprit, un comité administratif de sept membres * dont l'élection fut soumise à son approbation, ratifiée par lui, et qui dut, de concert avec les anciens magistrats municipaux, traiter avec lui les affaires de la ville*.
Pour assurer même l'ordre public et la sécurité de l'armée française, il constitua deux bataillons de garde nationale^ composés d'habitants de Berlin et placés sous les ordres du général HuUin. Non seulement les Berlinois se prêtèrent facilement* à ses vues, mais Hullin dut, quelques jours après, prendre un arrêté et menacer de sévir contre quiconque porterait sans y avoir droit l'uniforme de garde nationale Cette garde nationale eut d'ailleurs une fortune singulière : elle reçut, après l'évacuation de Berlin par l'armée française, en même temps que le témoignage favorable des autorités françaises®, une lettre de remerciements de Frédéric-Guillaume III pour les services qu'elle avait rendus \
Comme l'aristocratie foncière était demeurée en Prusse l'organe élémentaire de surveillance, de police, d'exécution des lois, l'Empereur tenta de remédier à cette lacune en créant de toutes pièces une gendarmerie prussienne *.
Cette création donna, il est vrai, à Hardenberg, la première idée de l'édit de gendarmerie qu'il promulgua cin([ années plus tard. Mais elle réussit peu". Les gendarmes, recrutés parmi les propriétaires fonciers", exaltés dans leur orgueil p::r les attributions ou par l'uni-
i. Bassewit/, die Kurmark Brandenhurg , i 806-/808, I, p. 280.
2. Ein wahrer Vorbild der zwei Jahre spiiler gcgebeiwn Stàdte-Ordnung. Makwit/, I, pp. 190-191.
3. Voir, sur la satisfaction des Berlinois, MAtuvrrï, I, pp. 191, 192. — Bassewitz, die Kurmark Urandenburrj , 1806-1808, 1, pp. 303, 301).
4. Ils ne sont cepi;ndanl pas tous volontaires. Archives historiques du Ministère de la yuerre. Correspondance de la Grande Armée, 16 novembre 1806, Ictlro de Jordan.
.'j. Bassewitz, die Kurmark Brandcnhurg, 1806-1808, 1, p. 300. 6. Archivex hislorii/urs du Ministih-e dr la yuerre. Correspondance de la (îrande Armi'-e, 3 juillet 1807, lettre do Clarkc.
1. Basskwitz, dit- Kurmark liviindntburq, 1806-1808. I, p. 308.
8. Archive» hi.il(>ri</ue8 du ,Wi7j».v/(vr dr la r/»/e/TP, Correspondance de la < îrande Armée, rapport de Thouvenol, Siellin, 2H novembre 1800; lettre de Bertrand, PoHcn, 5 décembre 1800; rapport de Clarke, 17 déeembre 1800. — Bassi-.witz, die Kurmark Itraiidrnburrf. IK06-IS08. I, i»p. 1!>I /i 201.
9. Archiver hi'fluriifufs du Miniiilih-f dr la guerre, Correspondance tle la Crande Armée, 14 janvier ISdS, lellre de la clianibre prnvineiale, do la Marche lilcclonilc. — BAtiKWlTT, ilie Kurmark llramlniburg, 1806-1808, I, p. 106.
10. Ba»»kwit/., die Kurmark Urandenburg, 1806-1808, 1, p. 197.