LA PRESTATION DE SERMENT
Guillaume III pour lui conseiller plus d'énergie, se laissait séduire par quelques attentions de Daru* et par un entretien avec Napoléon. Il allait passer au service du roi Jérôme, et Gentz, resté fidèle, cette fois du moins, à ses idées et à ses passions, ne pouvait lui pardonner.
Mais ce qui dut rassurer l'Empereur, plus encore que ces exemples éclatants, et qui n'étaient pas nouveaux pour lui, de l'absence de tout sentiment national en Allemagne, ce fut la facilité avec laquelle les fonctionnaires prussiens ayant à leur tête le ministre von Angern lui prêtèrent le serment qu'il exigeait d'eux * : « Je jure », y était-il dit, « d'exercer avec la plus grande loyauté le pouvoir qui m'est conlié par S. M. l'Empereur des Français et roi d'Italie, de remployer exclusivement au maintien de l'ordre et de la tranquillité publique, de contribuer de toutes mes forces à l'exécution des mesures qui me seront prescrites pour le service de l'armée française, et de n'entretenir ni correspondance ni communication aucune avec les ennemis de celle-ci. Que Dieu me soit en aide! »
L'ennemi c'était le gouvernement national, et cependant personne ne refusa le serment ^
Le 9 novembre, la cérémonie de prestation du serment eut li»Hi dans la maison de ville, avec quelque solennité, sous la i)résidence de Claike. Bignon en dressa le procès-verbal, et si beaucoup signèrent à contre-cœur, personne ne fit acte de résistance ouverte. « En raison du mauvais vouloir avec lequel on signait », dit un des signataires témoin de la cérémonie, le conseiller von Bassewitz^ « la plupart des signatures demeurèrent illisibles; et ce qui ajouta encore à l'irrégularité du procès-verbal, c'est que l'un des signataires (le conseiller de guerre et des domaines Balthasar, autant qu'il m'en souvient) prit l'encrier au lieu et place de la boîte à poudre et le répandit sur plusieurs pages du procès- verbal. Bignon ne sévit point. »