PREMIÈRES OUVERTURES FAITES A STEIN
Dès le 21 novembre, c'est-à-dire le jour même du conseil d'Osterode, le roi avait fait offrir à Stein le poste de ministre des affaires étrangères par Kôckeritz et par Beyme. Il peut paraître à première vue singulier qu'il n'eût point songé à s'adresser à Hardenberg*. Celui-ci semblait plus désigné que Stein par sa compétence spéciale, par les fonctions qu'il avait occupées jusqu'alors, pour prendre en mains la direction de la politique extérieure. S'il inspirait peut-être, à ceux qui les connaissaient tous les deux, moins de confiance dans l'énergie et la fermeté de son caractère, il avait du moins, comme représentant des idées patriotiques et de la politique nationale, une notoriété plus étendue que celle de Stein.
Mais, depuis plusieurs semaines déjà, le roi tenait Hardenberg complètement à l'écart *, et, dans les quelques occasions dont ce dernier n'avait pas hésité à profiter, pour lui faire savoir qu'il se tenait à sa disposition et pour se rapprocher de lui, Frédéric-Guillaume III ne lui avait témoigné que de la froideur et du mauvais vouloir; soit qu'il craignît de rompre toute chance de rapprochement avec Napoléon en appelant un homme que l'Empereur avait insulté publiquement dans ses bulletins, soit qu'il faille attribuer cette exclusion aux scènes qui s'étaient produites entre Hardenberg et Beyme, et à l'empire qu'avait conservé ce dernier sur l'esprit de Frédéric-Guillaume III.
Quoi qu'il en soit, Stein repoussa ' cette première ouverture, en alléguant un motif sur lequel il devait insister de nouveau plus tard. Je n'aurais, disait-il, dans ce nouveau poste, qu'une connaissance insuffisante des affaires et des formes; je serais loin d'apporter dans leui- maniement l'habileté nécessaire; puis, sans parler de Hardenberg, il désignait le général Golz ou l'ambassadeur comte de Golz que leurs relations avec la Russie semblaient indiquer dans les circonstances présentes.
L'insistance avec laquelle Stein revint plus tard sur le motif de refus qu'il alléguait indi(iue que ce n'était pas seulement à ses yeux un prétexte : il croyait aux spécialités. Peut-être ses scrupules