STEIN CONTRE LE CABINET
expérience des affaires et surtout des affaires extérieures de la Prusse, était porté, non seulement par sa situation et par les idées qu'il avait représentées, mais aussi par la confiance que lui témoignaient les puissances étrangères. Stein n'avait exercé son action que sur la politique intérieure. Mais, dans les derniers temps, la situation extérieure avait tout dominé; il s'était trouvé mêlé par la force même des choses à la politique générale. Un homme de sa valeur, un patriote aussi passionnément préoccupé des destinées de l'Allemagne ', n'y pouvait rester indifférent. Il s'était bientôt fait remarquer, il avait attiré l'attention de tous ceux qu'inquiétaient l'avenir de l'Europe, l'avenir de l'Allemagne, les progrès de la domination française *, par un trait dominant, qui était à la fois la marque distinctive de son esprit, la qualité la plus rare et la plus nécessaire à cette époque dans la direction des affaires prussiennes. C'était un caractère d'une fermeté et d'une décision qui touchait à l'âpreté ^ un esprit qu'on serait tenté de dire étroit, manquant du moins de cette ouverture et de cette facilité d'humeur qui distinguaient Hardenberg *, mais marchant à son but sans détours, et doué de toutes les qualités qui font l'homme d'action.
Stein n'était pas homme à se saisir du pouvoir pour le pouvoir. Il avait une haute idée des responsabilités qui y sont attachées; il ne voulait l'accepter que dans des conditions déterminées, et, depuis le mois de septembre 1806, ces conditions avaient été précisées avec beaucoup de netteté, non seulement dans sa pensée, mais dans un document public qui portait d'autres signatures en même temps que la sienne et dont Hardenboi'g avait accepté l'esprit \ C'était à proprement parler le programme et le programme très hardi du parti d'opposition. Non qu'il touchât encore aux réformes intérieures qui allaient bientôt transformer l'organisation politique et sociale de la Prusse ', mais il allait au plus pressé; il s'attaquait avec une
lollenburg, 18 novembre 1806. Ranke, Hnrdpnber;/, 111, p. 231, — Aus den Papieren Sciiôn's, I, p. 35. — Zu Schutz und Trulz utn Grabe Schon^s, pp. 15t>, 157.