CHAPITRE I
FORMATION POLITIQUE DE l'éTAT PRUSSIEN
Formation territoriale de l'Klat prussien. — La féodalité et l'établissement des Hohenzollern. — La situation en 1610 à l'avènement du Grand Électeur. — Révolution politique qui marque son règne. — L'État oligarchique dans les trois provinces. — Les Marches. — Le duché de Prusse. — Oèves-Mark. — Ses caractères. — Sa faiblesse.
Le conflit de l'État oligarchique et du pouvoir monarchique. — Épisode de la lutte dans le duché de Prusse. — Les trois villes de Kônigsberg et la noblesse prussienne. — Roth et Kalkstein. — Les États provinciaux de Prusse de 1600 à 1663. — Reconnaissance de la souveraineté de l'Électeur. — Le conflit dans les autres provinces. — Caractères généraux du conflit. — Ses résultats. — Nouvelles luttes dans le duché de Prusse en 1670. — Caractère du Grand Électeur.
Situation de l'Élat prussien à la fin du règne de Frédéric-Guillaume. — Établissement du pouvoir monarchique. — Constitution en Prusse de l'État moderne.
Si on étudie en elle-môme, en la détachant de son milieu, la formation politique et territoriale de l'État prussien, si on la compare surtout à celle de la France, c'est par son caractère tardif et incomplet qu'elle frappe tout d'abord.
Peu d'évolutions politiques ont présenté un développement plus régulier que la formation de l'unité française *. En France, dès le
1. MiGNET, Mémoires historiques : Essai sur la formation territoriale et politique de la France.
xi« siècle, la royauté a assis son autorité dans le noyau encore bien réduit de ses domaines propres. Du \i° au xv® siècle, elle ne cesse de l'étendre. Cette œuvre se poursuit durant cinq siècles, non sans alternatives de succès et de revers; mais les progrès de la royauté sont constants. Elle triomphe de la féodalité, elle triomphe des tentatives d'organisation démocratique des communes, elle triomphe enfin des périls qu'elle s'est créés à elle-même par les partages familiaux.
A la fin du xv* siècle, lorsque Louis XI a achevé de réduire la noblesse apanagée, l'évolution qui s'est développée avec des intermittences, mais d'une marche sûre, à travers les siècles, peut être considérée comme accomplie. La royauté française a soumis à sa domination la plus large part de la France actuelle. Elle enserre les territoires qui ne sont point réunis à son domaine. Après Louis XI, après l'acquisition de la Bretagne, la France était devenue, suivant l'expression de Mignet, un État compact, avec des limites assez naturelles et un gouvernement assez bien organisé. Du moins, ses destinées étaient définitivement fixées, l'unité française était faite. Elle pouvait résister aux convulsions des guerres de religion. Elle était fondée à la fois sur la configuration du territoire, sur la fusion des races, sur la tradition historique.
Aucun de ces éléments ne se rencontre dans la formation de l'État prussien '. Il semble que le hasard seul ait présidé à cette combinaison de territoires et de peuples.
Les deux parties essentielles dont la réunion forma, au xvii'' siècle (1618), le premier élément de l'État prussien : les Marches de Brandebourg et le duché de Prusse, avaient bien présenté, au xiii° siècle, quelques traits communs. C'étaient deux grandes colonisations allemandes et chrétiennes , implantées tardivement au sein du monde slave et païen, par la dynastie ascanienne d'une part, par l'Ordre teutonique de l'autre *. Mais si leurs destinées avaient été analogues, leurs territoires étaient restés sans contact et leur existence séparée.
On avait bien vu, dans tout le cours du xvi* siècle, des membres de la famille des Hohenzollern, établie définitivement dans les Mar-
1. Dhoyoin, Otuchichlt der preu.m»rhen Volitik, V, iit, p. S. — Rankb, Zwôlf Uùcher prruttiichrr fir.nchirhtr, I-II, \u 75.
2. Voir, «iir 1rs ori^inrH de In PriiH^i;, Rankk, Zwôlf Bûcher preiusisrher GeS' chirhir. — Thkitamikk, Dauhche Gftc/iichte, I, p. 25. — Lavihsk, Études sur l'histoire de Pru$$e,