LE CONFLIT ENTRE STEIN ET FRÉDÉRIC-GUILLAUME III
tenu. Sur les quatre membres du nouveau conseil, deux appartenaient à l'ancienne politique. Le choix de Zastrow avait une signification particulière*. Négociateur de l'armistice de Charlottenburg, ayant encore, quelques jours auparavant, poursuivi les négociations avec Napoléon, il était difficile qu'il se chargeât, il était difficile qu'on le crût chargé, d'exécuter les résolutions énergiques que semblait commander la situation.
Enfin, Lombard était revenu à Kônigsberg sans être mandé par le roi. La reine avait eu quelque ennui pour l'avoir fait arrêter à Steltin, et, si le roi l'avait envoyé à Colberg, il avait eu soin de faire publier, à son de caisse, que Lombard n'avait mérité aucun reproche et que c'était sur un faux soupçon qu'il avait été mis en état d'arrestation *.
Toutefois Stein n'était pas homme à se laisser compromettre dans une tentative de ce genre et, tandis que Hardenberg avait laissé se dénouer ses négociations avec le roi sans rupture violente, les circonstances amenaient Stein à se dégager d'une façon plus brutale.
Il n'avait pas attendu, on l'a vu, que le roi eût notifié sa décision définitive dans l'ordre de cabinet du 19 décembre, pour faire connaître son intention formelle de refuser le poste qui lui était offert. Mais quoiqu'il eût insisté ^ à diverses reprises, pour que Schuleuburg lit connaître au roi son refus — afin, disait-il, d'éviter tout malentendu, — Schulenburg, n'ayant sans doute pas le courage de transmettre le message à Frédéric-Guillaume III, avait remis les deux lettres de Stein à Kockeritz. 11 paraît douteux qu'elles fussent parvenues à leur adresse.
Le 20 décembre* encore, Stein, dans une note adressée à Ruchel, exposait à nouveau les motifs de son refus : c'était le caractère provisoire de la nouvelle organisation, le maintien de l'ancien personnel, l'éloignement de Hardenberg. Dans une délibération commune, Stein et Riichel échangeaient leurs impressions sur les côtés défectueux de la solution adoptée par le roi. Stein maintenait sa résolution. Il con-
Correspondance de !a Grande Armée, 5 janvier 1807, rapport de Thouvenol (Stetlin) : • Le roi a changé de ministres. Il ne peut s'arrêter à aucun plan sur la paix ou la guerre. •
d. SciinDEN, Preussen in den Jahren 1806 und 1807. Ein Tagebuch, p. 83. — Rankr, Hardenberg, II, p. 162. — Voir sur Zastrow, Philippson, Geschichte des preussischen Staatswesens, II, p. 291. — Harcssbh, lll, p. 53.
2. Ranke, Hardenberg, III, pp. 216-247. — Haeosskk, III, p. 32.