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CHAPITRE X

LA COUR DE MEMEL ET l' AVÈNEMENT DE HARDENBERG LES PROVINCES PRUSSIENNES PENDANT LA CAMPAGNE DE 1807

La situation générale au début de 1807. — Eylau. — Les intrigues de la cour de Memel. — Le ministère de Zastrow. — La mission de Bertrand après Eylau.

— Le parti de la paix. — Hardenberg rappelé auprès du roi. — Frédéric-Guillaume 111 repousse l'idée d'une paix séparée. — Nouvelle organisation du gouvernement imaginée par le roi. — Arrivée d'.Vlexandre à Memel au début d'avril. — Hardenberg ressaisit la direction des affaires. — Importance de la transformation qui vient de s'opérer.

Situation des esprits en Prusse. — Tendances complexes et contradictoires. — La Marche Électorale. -- Impressions de Clarke et de HuUin. — La bonne ville de Berlin. — Absence de tout esprit de résistance. — Les provinces occidentales. — Le président de Dohm. — Les provinces polonaises. — Impressions de Davout, de Lannes, de Murât. — La Silésie. — Premières impressions de Bertrand. — Gôtzen. — Apparition de l'esprit de résistance. — La Poméranie.

— Soumission delà province en novembre. — La guerre de partisans et l'esprit de résistance. — Le siège de Colberg. — Le corps de Lestocq et Scharnhorst à Eylau.

Les événements qui marquèrent les premiers mois de 1807 ont. dans l'histoire de la grande crise européenne, une importance considérable.

Napoléon a anéanti en quelques semaines la monarchie prussienne. Il a pénétré jusqu'aux bords de la Vistule. Mais là, il se trouve en présence d'une situation plus indécise et moins prévue, en face d'éléments moins connus. Ses opérations moins rapides, ses progrès moins décisifs, semblent trahir quelque incertitude. Ce ne sont plus ces campagnes dont le programme semblait réglé d'avance, ces coups de théâtre par lesquels il a jusqu'alors étonné le monde.

Quelques semaines encore, el, dans les premiers jours de février, les deux journées meurtrières de Preussisch-Eylau donnent au monde un spectacle nouveau. La puissance napoléonienne a, pour la première fois, rencontré un obstacle qu'elle n'a pu briser \ Elle subit un temps d'arrêt dans son développement. Aussitôt, des bruits exagérés vont reporter aux nations asservies l'impression dénaturée de ces quelques heures de carnage.

A l'extrémité d'une ligne d'opérations qui mesure des centaines de lieues, séparé de la France par toute l'étendue de l'Allemagne, perdu dans ces vastes plaines, dans ces pays misérables et presque déserts qui forment la limite du monde slave, l'Empereur attend, pendant des mois, l'occasion de ressaisir l'Europe.

L'Europe étonnée n'a point le temps de se reprendre. Ici et là, un souffle avant-coureur ' de 1809 et de 1813 semble secouer sa torpeur. Mais la rude leçon de la domination étrangère n'a point achevé l'éducation des nations, et fait fructifier les germes du sentiment national et du patriotisme.

Les vieilles jalousies sont trop puissantes encore pour que les gouvernements se rapprochent. Une journée n'a pu suffire à secouer les terreurs qu'ont répandues partout les souvenirs d'Arcole, de Marengo, d'Austerlitz et d'Iéna. Les vieux organismes d'ancien régime croupissent partout dans l'incapacité ou la corruption. La débilité, la routine, l'isolement des monarchies aristocratiques paralysent toute action vigoureuse.

Au contraire, l'organisme nouveau qu'a créé la nation française en prenant possession d'elle-même, n'a point eu le temps de se débiliter et de s'abâtardir aux mains du despotisme. Quelque hasardée que soit la situation, quelque graves et multipliés que soient les périls, la jeunesse et la vitalité de l'armée, le prestige dont l'Empereur est entouré, le protègent encore; la terreur, la routine du vieux monde paralysent encon; ses adversaires.

Les quelques mois qui s'écoulent de février à juin 1807 vont préparer \ par une incomparable activité d'organisation, par l'iiabileté aussi d'uiit; politi(|iie perspicace; et déliée, le coup de Ihéàlrc de Eried-

1. Kakkk, lienkwùrrtigkeilen de'i Slaatskdnzlvm Fiirxten von Ihirârnlicrq, IV, p. 56. — Tkkithc.hiik, Ihutache Ge.irhii'fih', im ni'unzehnlen Jahrhundcrt, I, p. 2t)8.

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