LA SITUATION APRÈS EYLAU
|and et de Tilsit '. Réparant ses plaies dans les cantonnements de la Passarge, l'armée française va retrouver, au printemps, toute sa supériorité sur les Russes, et l'imagination mobile du Slave, habilement maniée par le Corse, prépare au monde la surprise de Tilsit. L'Europe, au moment même où elle paraît reprendre conscience d'elle-même, et entrevoir, bien vaguement encore, un nouvel avenir, voit détruire en un jour des espérances à peine nées et resserrer les liens dont elle chargée. Celui qu'elle se préparait à appeler son libérateur est devenu l'allié de son maître.
Et cependant l'œuvre édifiée par Napoléon repose sur une base si précaire, elle a pris une extension si démesurée, qu'il a suffi d'une bataille indécise pour inspirer à ceux qu'il domine l'espérance d'un meilleur avenir, à ceux qui sont attachés à sa fortune les premières intfuiétudes d'une existence menacée.
Dans ces quelques mois, la Hesse ' et le pays de Fulde s'agitent et se soulèvent, instinctivement attachés à leurs anciens maîtres '. L'Autriche hésite * entre la paix et la guerre, entre l'archiduc Charles et Stadion, entre les menaces de la France et les perpectives tentantes de la coalition. En Poméranie et en Silésie, les partisans se soulèvent et troublent les communications de l'armée française. Ceux auxquels l'Empereur a laissé derrière lui la garde de l'Europe éprouvent un sentiment d'instabilité et des inquiétudes que l'importance des événements ne suffit pas à expliquer. Et dans un petit village de la Pologne, occupé hier ^ et repris demain par les Français, un homme d'État prussien, admis en tiers dans la confidence du roi de Prusse et de l'empereur Alexandre, élabore, dans le traité de Rartenstein, tout un plan de restauration européenne et de réorganisation de l'Allemagne •.
On a vu dans quelles mains était le ministère prussien à la veille de la bataille d'Eylau. Si novembre et décembre s'étaient écoulés en
1. Ranke, Hardenberg, IV, pp. 82, 84. — Tbeitschke, I, p. 261.
2. Dès décembre 1806. Arch. hist. du Ministère de la jwe/re, Correspondance de la Grande Armée, 22 décembre 1806, rapport de Lagrange. 11 écrit, le 26 décembre, que celle explosion n'a pas pris d'extension; le 30 décembre, que toute la Hesse est en insurrection.