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LA DICTATURE DE HARDENBERG

lui-même les décisions, les ordres du cabinet qui devaient fixer sa nouvelle situation. Autour du ministère des affaires étrangères, dont il avait pris en fait la direction depuis le départ de Memel, il allait grouper toute une série d'attributions qui se rattachaient plus ou moins directement aux opérations militaires, c'est-à-dire, en ces temps de crise, toute la politique intérieure : l'approvisionnement de l'armée, les finances, les postes, la police secrète, etc. Schrôtter, dont on s'était beaucoup plaint*, et qui, chargé de l'administration de l'armée, paraissait s'être assez mal acquitté de ses difficiles fonctions, était écarté. Vosz, chargé jusqu'alors des finances et de la trésorerie, était subordonné à Hardenberg ^

Ainsi, maître de la politique extérieure par la confiance du roi et plus encore par celle du czar, Hardenberg avait rapidement étendu son action; il s'était constitué une véritable dictature, il devenait .premier ministre et premier ministre tout-puissant; car le roi n'avait .ni la volonté, ni l'énergie nécessaires pour intervenir efficacement dans la direction des affaires.

Un petit incident était venu ajouter un trait curieux à cette transiormation intérieure. Hardenberg, après avoir préparé les diverses décisions que le roi devait signer, les lui avait laissées, afin qu'il pût les parcourir à loisir. « Sa Majesté », était-il dit dans l'ordre de cabinet adressé au conseil des ministres institué en décembre, « Sa Majesté a ordonné au baron de Hardenberg de reprendre entièrement enti'e ses mains la direction du département des affaires étrangères ». Le roi rendit les décisions ù Hardenberg, et celui-ci s'aperçut que Frédéric-Guillaume Hl avait biffé le mot entièrement, et y avait substitué les expressions suivantes : de reprendre comme plus ancien ministre de cabinet \

Par un hasard singulier, toute la querelle qui s'agitait depuis des •mois entre le parti national et le roi se formulait en un mot. Ce simple mot exprimait et résumait à lui seul l'entêtement du roi, les efforts des patriotes, une véritable transformation politique.

Hardenberg tint bon. Dans une longue lettre adressée au roi, il revint sur toutes les discussions antérieures. H refusait sans hésita-

1. Ranke, Hardenberg, lil, pp. 325, 387, 388, 390,419, 427, 428, 429, i3C. — Voir cependanl Treitschke, I, p. 278.

2. Rankk, Hardenbeifj, lll, pp. 386, 387, 388, 390, 391 ; IV, p. 77.

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