Ranke, llardenbenj , III, pp
tion de reprendre en main, dans ces conditions, la direction des affaires : « Que penseront », disait-il, « les ministres ù Mcmel, lorsqu'ils verront l'ordre de cabinet modilié de la main du roi, lorsqu'ils constateront que j'ai demandé au souverain sa contiance entière et qu'il me l'a refusée? Que pensera-t-on ailleurs? qu'en tenant à l'arrière-plan les partisans de la paix séparée avec Napoléon, le roi de Prusse veut se réserver un moyen de renouer avec la France. »
Le roi répondit le 27 avril qu'en faisant subir cette modification aux projets de Hardenberg, il n'y avait point attaché d'importance particulière et qu'il était absolument d'accord avec lui. C'était le dernier soupir de la prérogative royale, et le triomphe de Hardenberg était complet. La reine y avait, paraît-il, contribué pour une large part. Les adversaires du premier ministre se chargèrent de l'accentuer encore '.
Zastrow s'était retiré sans dissimuler son irritation. Il refusait le poste militaire que le roi lui offrait. Il demandait l'autorisation de se rendre à Berlin au cœur même de l'occupation française ^, idée singulière pour un général en activité.
Vosz et Schrôtter écrivirent au roi et à Hardenberg des lettres où l'irritation des vanités personnelles n'était point sufiisamnient dissimulée. Ils ne voyaient dans la transformation qui venait de s'opérer que le résultat des intrigues ténébreuses de Hardenberg pour s'élever au-dessus de ses collègues. L'institution d'un premier minisire était, disaient-ils, contraire à toutes les traditions de la Prus.-^e; elle ne devait point lui porter bonheur. Hardenberg leur répondit longuement; il n'évita pas suffisamment de s'abaisser dans sa réponse au ton de leurs missives '.
Quant à Beyme, dont l'ôloignement avait été, de la part de Stcin et de Hardenberg, l'objet de si vives instances, il n'était point écarté après tout. S'il était éloigné en fait du roi, il ne semblait point avoir perdu sa confiance. Il essayait de s'insinuer dans les bonnes grâces de Hardenberg, et le 2 mai*, il lui écrivit de Memel :
« Je reconnais sans aucune hésitation, car c'est ma conviction la
1. RANhK, llardenhrril. Ml, |»|». 3'Jl, :t95, 396. — Phit/, I, |.. 1 i(>. — IIakussmh,
III, p. ai.