LA SITUATION EUROPÉENNE AU PRINTEMPS DE
plus intime, que le roi ne pouvait prendre à l'heure actuelle une résolution plus salutaire. Il fallait réunir la direction de la politique à celle même de la guerre entre les mains d'un ministre d'État. C'était la première nécessité ; c'était le seul moyen de débrouiller les chaos où toutes nos affaires s'étaient perdues.... Cette pensée », ajoute-t-il \ « n'est pas nouvelle chez moi, mais je désespérais tellement de la voir se réaliser que j'osais à peine l'exprimer. »
Ainsi, au milieu des intrigues de cour, du conflit des personnalités mesquines, au milieu des hésitations du souverain, des fluctuations d'une volonté désemparée, une véritable révolution s'était opérée dans le gouvernement de la Prusse *. Ce n'était pas seulement qu'une volonté unique, une personnalité clairvoyante eût substitué une direction nette au chaos, à la désorganisation, à la multiplicité des directions divergentes ^ Il y avait quelque chose de plus dans la transformation qui venait d'être réalisée.
Le gouvernement personnel avait capitulé après un long débat, et, quoique pour un observateur superficiel la Prusse parût n'avoir échappé à la domination française que pour subir la domination russe, l'instrument de la politique nationale et de la rénovation sociale venait de se constituer. Nous ne tarderons pas à le constater par les résultats, et c'est là ce qui fait l'importance particulière de la crise sur laquelle nous nous sommes étendus, malgré les revirements fastidieux dont elle offre le spectacle.
En ce qui concernait la situation momentanée où léna avait jeté la Prusse, un temps précieux avait été perdu; il était trop tard pour y porter remède.
Sans doute il serait exagéré de prétendre que l'inaction honteuse et les misérables incertitudes de la cour de Memel eussent, à elles seules, compromis les chances que pouvait avoir l'Europe de s'affranchir en février 1807. 11 faudrait mettre en regard de ce tableau l'activité et l'habileté du vainqueur, — les hésitations de la cour de Vienne, qui perdait des mois à peser le pour et le contre *, et qui ne réussissait
1. Ranke, Hardenberg, 111, p. 433; voir aussi sa lettre du 3 mai.
2. Theitsghke, 1, p. 259, — Le renversement de Zastrow ist wolil, ailes in allem genommen, die grossie Tliat llardenberg's, Lehmann, Schurnhorst, I, p. 502.