‹ La formation de la Prusse contemporaineChapitre 331 sur 570 · LA MARCHE ÉLECTORALE. CLARKE A BERLIN · texte numérisé non relu

LA MARCHE ÉLECTORALE. CLARKE A BERLIN

à son comble. Leurs plaintes, leurs demandes sont incessantes. Les employés de la justice, de la police, les invalides, les pensionnaires sont aux derniers expédients, » Et le 15 février* : « Si Votre Majesté veut que mon gouvernement reste bien tranquille, il faut qu'on paye les autorités civiles, les pensions, les invalides, les officiers compris dans la capitulation de Magdebourg. Sans cela tout ce monde sera dans une situation violente, voisine du désespoir, et une étincelle, un mouvement rétrograde fera tout éclater. »

Mais il ajoute aussitôt : « Les Prussiens sont discrets, lins et alertes*, et je ne vois pas de faux frères parmi eux en général. Qu'on les paye et l'armée s'en trouvera bien. » — « Au surplus », dit-il encore, « j'en parle sans alarme, mais par une juste prévoyance. Tout est tranquille dans mon département en deçà de l'Oder '. »

Enfin, à la date du 12 avril, Clarke semble plus rassuré que jamais sur l'esprit des Berlinois. Il écrit à l'Emperjur* : « Sire, votre bonne ville de Berlin se conduit fort bien, elle est sage et tranquille'^ ».

Il n'en allait pas de même partout, et rien n'est mieux de nature à faire concevoir quel assemblage hétérogène formait l'ancienne Prusse que le sort de ses diverses provinces dans la crise qui suivit léna.

Les provinces situées à l'ouest de l'Elbe, assez éparses, avaient été naturellement les premières envahies. Parmi elles, celles que la Prusse avait acquises en 1803, Erfurt, Eichsfeld, Hohenstein n'avaient point changé d'administrateur. L'Empereur avait discerné dans le chef de l'administration de ces provinces, le président de Dohm, un agent docile. C'était lui qui écrivait le 10 novembre à l'Empereur, au

1. A7vh. hisi. du Min. de la guen-e, Correspondance de la Grande Armée, 15 février 1807, lettre de ClarUe.

2. 11 écrit encore le !«' juin 1807 : « Il est impossible d'avoir l'esprit plus subtil, plus éveillé et plus haineux que ne l'ont les Prussiens en général. J'en excepte les gens raisonnables et bien élevés; n'ayant pas vu de troupes étrangères dans leur sein depuis longtemps, ils appellent notre joug un joug de fer et sont loin de penser qu'ils sont mieux en ce moment ou aussi bien que du temps du roi de Prusse. » Arch. hist. du Min. de la guen-e, Correspondance de la Grande Armée, 1" juin 1807, lettre de Clarke.

3. Arch. hist. du Min. de la guerre. Correspondance de la Grande Armée, 15 février 1807, lettre de Clarke à l'Empereur.

4. Arch. hist. du Min. de la guette. Correspondance de la Grande Armée, 12 avril 1807, lettre de Clarke à l'Empereur. Ibid., 9 avril 1807.

5. Voir, sur la tristesse assez résignée en somme de la population, Pertz, I, p. 451. — Voir de nouvelles inquiétudes au début de juin. Arch. hist. du .Min. de la guerre, Correspondance de la Grande Armée, 1" juin lt;07, 2 juin 1SU7, et encore 19 juin 1807.

sujet de la contribution de guerre, pour lui présenter les doléances d'une province « dont il avait daigné prendre possession' ». Essayant de décrire la situation morale de la province, il assurait que ses sentiments « n'étaient point seulement ceux de la soumission que tout hpmme sage doit aux lois de la guerre.... J'ose ajouter », disait-il encore, « quelques mots sur mon particulier. Appelé à la carrière diplomatique par Frédéric le Grand, j'ai appris par lui que la base de la politique de la Prusse ne doit être que l'union la plus étroite avec la France. »

Le 5 janvier 1807 *, au moment où l'insurrection qui avait éclaté' dans la Hesse et à Fulde inspirait quelque préoccupation, Clarke avait fait venir ce diplomate qui avait tiré de si singulières conclusions de l'histoire du règne de Frédéric, et qui représentait si bien la platitude des petits États allemands : « J'ai en outre », écrivait Clarke à l'Empereur, « fait venir le président de Dohm, chef des autorités civiles d'Erfurt, de l'Eychfeld et d'Hohenstein, homme d'esprit^ de jugement et de mérite. Il m'a assuré qu'il n'y avait aucune tendance, dans ces pays, à l'insurrection, parce que le gouvernement prussien n'y était pas aimé. »

A l'autre extrémité de la Prusse, il y avait encore des provinces qui avaient été associées depuis peu à la monarchie prussienne; mais là, si le gouvernement prussien n'était pas aimé, ce n'était pas seulement qu'il eût fait sentir aux pays annexés les premières charges de la centralisation et les rigueurs de son régime militaire. L'éloignement se compliquait d'une haine de races.

Les provinces polonaises de la Prusse, surtout à la première heure,, avaient accueilli les Français comme des libérateurs ^ 11 n'est cependant pas sans intérêt de noter la différence de ton entre la correspondance de Davout, qui traversait les acquisitions du deuxième et du troisième partage, celles que la Prusse ne s'était adjointes que depuis 1793, celles où aucune mesure d'assimilation n'avait été prise, où le partage des domaines avait donné lieu, sous le règne de Frédéric- (îuilluume III, à tant de scandales, et la correspondance de Lannes

K. Arch. Iiist. du Min. th la rjuftre, Corrcsponclniico de la Grande Armée, !0 novembre 180B, rnp[)orl d« Dolitii; iliid., 2 novembre ISOfi.

2. Arch. /il»/, du Min. dtt la guerre, (>oiTcspond(incc de lu (Iramlc Armée, 8 Janvier IROl, rapiiort de Cliirkc.

:j. Arch. huit, du Min. de lu guerre, Correspondance de la (iraiidc! Arlnéc^ 13 novcmbro 1800; ibid.^ 3 mai 1807; traduction d'une lettre inlorce|)lèc.

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