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LES PROVINCES POLONAISES

qui traversait, plus au nord, les acquisitions du premier partage, celles où depuis 1772 l'habile et sage administration du grand Frédéric avait porté ses fruits.

« Tous les habitants des provinces de Posen etGnesen », dit un rapport adressé à l'Empereur, « viennent offrir leurs services à Sa Majesté. Les sénateurs, les palatins, tous les hommes distingués se rendent de tous côtés au quartier général de M. le maréchal Davout. A Kalish, la garnison prussienne, d'environ 150 hommes, a été désarmée par les habitants '. »

Le 8 novembre, Davout lui-même écrit * à l'Empereur :

« II y a réellement une grande fermentation dans tous les esprits polonais; dans plusieurs endroits entre Mezeritz et Posen, si on n'avait pas donné protection aux employés prussiens, ils auraient été assommés par le peuple. »

Lannes, au contraire, écrit de Bromberg le 17 novembre ^ :

« L'esprit du pays est très mauvais pour nous, et surtout à Bromberg, la populace courait les rues pour indiquer avant-hier aux dragons prussiens les maisons où les ofliciers français s'étaient réfugiés. Le peu de Polonais qui sont dans le pays sont comprimés par les autorités. On dit qu'il y a un grand enthousiasme à Posen; Votre Majesté verra qu'il n'en est pas de même dans les campagnes. D'après les conversations que j'ai avec les Polonais, je suis presque convaincu qu'il sera impossible de remuer la Pologne. »

Et, de Thorn *, annexé seulement en 1793, mais situé à la limite des territoires du premier partage, Lannes écrivait * encore :

« D'après tout ce que je vois, et tous les renseignements qui me sont parvenus, la Pologne est composée de deux classes d'habitants. La première est très riche et, par intérêt, ne peut se séparer du roi de Prusse; la seconde, et c'est la plus nombreuse, tient le milieu entre l'homme et la brute. Ce sont des êtres sans aucune espèce d'énergie. »

1. Arch. hist. du Min. de la guerre, Correspondance de la Grande Armée, novembre 1806, rapport de Saint- Aignan.

2. Arch. hist. du Min. de la guerre, Correspondance de la Grande Armée, 8 novembre 1806, lettre de Davout.

3. Arch. hist. du Min. de la guerre. Correspondance de la Grande Armée, n novembre 1806, lettre de Lannes.

i. Voir aussi Danlzig, .Irch. hist. du Min. de la guerre. Correspondance de la Grande Armée, rapport de Montesquiou, sans date, décembre 1806.

5. Arch. hist. du Min. de la guerre, Correspondance de la Grande Armée, 18 novembre 1806, lettre de Lannes.

Murât était entré, le 28 novembre, à Varsovie', que les Prussiens avaient quittée pour n'y plus rentrer.

11 constatait l'hostilité des administrations prussiennes; mais il annonçait que, dans la population, l'enthousiasme soulevé par l'arrivée des Français était universel.

Les Français n'avaient point tardé, dans les provinces polonaises, à faire disparaître les chambres provinciales, les administrations prussiennes, et à y substituer de nouvelles administrations composées de Polonais. Mais celles-ci, si elles étaient mieux disposées pour les Français, paraissaient en même temps se plier moins facilement aux exigences de l'autorité militaire. A Bromberg *, à Posen ^, à Varsovie *, les condits éclataient, et les généraux se plaignaient du peu de docilité ou de l'incapacité des nouvelles administrations.

Quoi qu'il en soit, terreur ou sympathie, accablement ou enthousiasme, sur cette immense ligne d'opérations qui s'étendait de Magdebourg à Varsovie, à travers la Marche Électorale et les provinces polonaises, la sécurité, la tranquillité même de l'armée paraissait établie, soit par les dispositions des habitants, soit par la solidité de l'occupation. Il était loin d'en être de même au sud et au nord, dans la Silésie et dans la Poméranie. Il faut s'arrêter un instant sur la situation de ces deux provinces. L'une et l'autre avaient eu le temps de secouer les premières impressions du désastre avant l'installation complète des Français '.

En Silésie, Glogau avait capitulé le 2 décembre, laissant les Français maîtres de la basse Silésie. Mais dans la haute Silésie, ils n'avaient pu prendre pied. A la lin de décembre 1807, Breslau tenait encore; et durant les six premiers mois de 1807, le prince Jérôme et les Wurtembergeois durent poursuivre contre Schweidnitz, Brieg, Glatz,

1. An-h, hist. du Min, de la fjwrve. Correspondance de la (îrande Année, S8 novcml)rc 1806, lellre de Mnrat, 2'J novenihro ISOil, ;tO novembre 1800.

2. Arch. /il'.»/, du Min. de la i/upiTe. Corri'spondanec de la (Jrande Armée, février 1807, ra|»porl delà ehainljrc d'adminislralion de Bromberg, el 10 février

3. Ihid., 17 février 1807, A Posen, leltro du général Liébert à la cliaiiilne d'adminiNlralion pnbli(|ue do PoHen, el 18 février 1807.

4. Ihid., 1" miir^ IN07, obnervalions do la chambre do Varsovie; 3 mars 1807, IcUrc de Gouvion à rEmpert^ur.

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