LES MANIFESTATIONS LÉGISLATIVES
11 faut se représenter exactement la situation intérieure de la Prusse, l'anéantissement de sa vie nationale *, les difficultés inextricables au milieu desquelles se débattait le gouvernement de Memel, la réduction du territoire, Tincertitude du lendemain ; il faut se représenter aussi l'état de l'opinion : d'une part, la persistance des tendances féodales et conservatrices; de l'autre, cette masse secouée dans ses profondeurs et s'éveillant sous la rude leçon des faits à la vie politique ; l'ardeur chaque jour plus entreprenante des patriotes; il faut avoir ce tableau présent à l'esprit pour concevoir, avec quelque clarté, le caractère véritable de l'œuvre de réformes qu'avait inaugurée le ministère de Stein.
Comment ce gouvernement, en proie à toutes les affres d'une existence menacée, qui disputait durant des mois avec Napoléon et Daru pour ressaisir quelques lambeaux d'indépendance, comment ce gouvernement, confiné sur une étroite portion du territoire et sans action sur les trois quarts de la monarchie, n'ajournait-il pas, tout au moins au lendemain de ces heures d'angoisse, l'œuvre de la reconstitution intérieure?
C'est qu'il s'agissait moins de réformes pratiques que de grandes manifestations législatives, moins d'une organisation nouvelle à créer que d'un effet moral à produire *. La préoccupation des réformateurs prussiens, au début, fut plutôt d'affirmer les idées nouvelles sur lesquelles allait vivre le siècle qui s'ouvrait, que de leur assurer des conquêtes positives. Us voulaient surtout faire concevoir,à ceux qu'elles intéressaient, l'espoir de leur réalisation et susciter partout, par ces espérances, des forces nouvelles. Cette pensée est au fond de toutes les manifestations du parti national. Elle est le trait commun entre Hardenberg et Schôn, entre Stein et Scharnhorst. Elle explique la disproportion entre l'effort déployé, entre les formules employées et les résultats réels. Ses adversaires ne s'y trompèrent pas. « Ce qu'ils veulent », écrivait York ^, « c'est faire luire un Eldorado aux yeux des paysans. »
Tout concourt donc à donner à la législation ce caractère particu-