‹ La formation de la Prusse contemporaineChapitre 434 sur 570 · Lehmann, Scharnhorst, I, pp · texte numérisé non relu

Lehmann, Scharnhorst, I, pp

4. Lehmann, Scharnhorst, I, pp. 209, 211, 212, 214. — Menzel, Zvoanzig Jahre preussischer Geschichte, p. 707.

5. HiJFFER, J. W. Lombard {Deutsche Revue, VII, p. 300). — Lehmann, Schani' horst, I, p. 385.

avril 1806, même avant les désastres de la Prusse *, Scharnhorst — s'il n'était point devenu un esprit moins philosophique, — défendait contre les partisans de l'ancien état de choses, des idées directement opposées et un projet de milice nationale. Seize ans plus tard, il préparait contre la domination française un projet d'insurrection nationale : « Il faut », écrivait-il le 27 novembre 1807 ', « il faut inculquer à la nation le sentiment de son indépendance, détruire les anciennes formes, briser les liens du préjugé, guider l'œuvre de la régénération et ne la point troubler dans son libre développement. »

Quel revirement s'était produit dans les idées de Scharnhorst! et par quel retour soudain les événements l'avaient préparé à associer son action à l'action politique de Stein ^ et de Hardenberg! Il semble que ce soient leurs idées mêmes qu'il exprime dans les lignes qui précèdent.

Tous les hommes qui furent ses collaborateurs étaient, du reste, entraînés dans le même courant. Ils avaient reçu les mêmes impressions et en "avaient tiré les mêmes conclusions. Aucun n'eût été enclin à contester le rôle des idées révolutionnaires dans les succès militaires de la France; et, lorsque l'on parcourt les mémoires, les correspondances, les ouvrages de théorie militaire où ils ont laissé Ja trace de leurs conceptions, l'on y retrouve, avec une concordance frappante, — chez l'un, plus généralisateur, l'afllrmation du rôle des forces morales dans la guerre, — chez l'autre, plus enclin à l'analyse, la discussion des mobiles qui forment, chez le soldat, la base du courage militaire, — chez tous, l'inllucnce très vive des exemples de la Révolution française, la conviction que le patriotisme découlera de l'émancipation sociale, — toutes les faces diverses d'une même idée *.

Ce n'était point que les réformateurs prussiens ne rencontrassent des contradictions ardentes. Us entraient en opposition avec

i. Theitschké, I, p. 252. — Lbhmanh, Schamhorsl, I, p. 379.

2. IV.HTZ, stein, II, pp. 184 et 185. — Hakusbeh, 111, p. 159. — LEn.MA.NN, Scfiarnhortt, 11, pp. i>i, 40.

. 3. T«KrTH(.iiii»', 1, p. 2S9. — Lf.ii.mann, Scfiaru/iorsl, I, p. ;i8i; II, p. 36.

4. Krinnertinifi'ri nus drm l.rhcn dis lùItlinarsr/Ktll's von Hoykn, I, pp. 211, 212, .801. — Claumkwit/., fom Krieije, p. 124. — Ci.ai)sbwit;k, SclKinifujrsl {/listot'ischepoliliiche Zeittchrift, I, p. 179). — Peut/., Gncisenau, I, p. UOl.

cet esprit cosmopolite, tout imprégné des tendances françaises du xviii" siècle, qui, chez des hommes comme Massenhach, voilait même l'idée de patrie, et les portait à oublier, dans leur admiration aveugle pour Napoléon, qu'il était l'ennemi de l'Allemagne et de la Prusse *. Ils avaient encore, en face d'eux, les traditions mécaniques de l'ancienne armée frédéricienne. Les esprits imbus de ces souvenirs, l'ancien parti militaire, conservateur et aristocratique, voyaient la force de l'armée prussienne dans les rigueurs impitoyables d'une discipline qui suppléait par les brutalités des répressions matérielles à ce qui lui manquait d'autorité morale * et de solidité réelle. Mais ce qui rendait cette hostilité violente et passionnée, c'était moins la divergence des conceptions philosophiques sur l'origine du courage militaire que l'ardeur de l'esprit de caste et du privilège nobiliaire.

On allait ouvrir le corps d'officiers aux roturiers, et York s'élevait avec violence contre cette faiblesse déplorable envers les « cosmopolites et les raisonneurs ». Même sous l'ancien régime, les noms de Derfflinger, de Grollmann, de Gunther, de Tempelhof, ne prouvaient-ils pas que le talent savait toujours se faire jour, et « fallaitil, sous prétexte que Sixte-Quint avait été gardeur de pourceaux, courir après tous les gardeurs de pourceaux que Dieu a faits, de crainte qu'il ne se trouvât parmi eux un génie caché '? »

En s'attaquant à cette base fondamentale de l'État prussien, à ce principe qui destinait la noblesse à l'armée et lui réservait l'état d'officier *, on portait la main sur un droit sacré de la noblesse. Si l'on attribuait ce même droit à tous, que devenaient alors les devoirs de la noblesse? Quel titre aurait-on pour lui faire appel? « Et », disait York au prince Guillaume qui défendait les réformes, « si Votre Altesse Royale nous ravit nos droits, sur quoi reposent donc les siens ''? »

Lorsque, avant 1806, on avait proposé de mettre à pied les officiers subalternes, Schulenburg-Kehnert, porte-paroles du préjugé nobiliaire, avait combattu cette mesure en termes caractéristiques.

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