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LE RECRUTEMENT ET LES PROJETS D'ARMÉE NATIONALE

Quelque modestes que fussent ces projets — ils ne s'appliquaient qu'à la nomination au grade de lieutenant, — le roi leur opposa durant toute une année une résistance invincible. Il tenait obstinément au maintien du privilège de la noblesse. Ce fut seulement le 6 août 1808 qu'il revêtit de son approbation, sans y apporter de modification, sensible, les projets de la commission *. La prérogative royale restait* toutefois réservée; le roi pouvait s'affranchir, dans des cas exceptionnels, des règles qui lui étaient tracées. Quant aux promotions ultérieures, on se borna à ne plus afllrmer avec la même rigueur les droits de l'ancienneté *.

Ce fut surtout sur la question, plus capitale encore, du recrutement de l'armée elle-même que Scharnhorst et Gneisenau rencontrèrent, de la part de Frédéric-Guillaume III, une hostilité irréductible.

Les idées du xviii" siècle allemand sur le recrutement des armées avaient été étrangement confuses et contradictoires '.

L'esprit libéral et humanitaire de l'époque réagissait contre l'arrogance et la brutalité de la domination militaire. Par une conception où se mêlaient à la fois le souvenir des anciennes oligarchies et les tendances philanthropiques du xviii^ siècle, on considérait le service militaire comme une oppression et l'on appelait les exemptions du recrutement des libertés *.

L'idée de la milice nationale séduisait les contemporains. Ils y voyaient surtout une réaction contre l'extrême brutalité de l'organisation militaire, dont la Prusse offrait le type le plus achevé ^. Ils n'y voyaient point l'autre idée, qui se cachait sous ce mot assez vague, non plus l'atténuation, mais la généralisation des charges militaires. Ils n'y voyaient point le commencement d'une évolution qui a rempli le xix" siècle, qui a allégé sans doute les charges du service militaire, mais qui les a étendues en même temps, pour aboutir au service obligatoire généralisé.

Il y avait une contradiction évidente à réclamer la formation des

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