LES TROIS PÉRIODES DU MINISTÈRE DE STEIN
il y appose sa signature; il examine avec Altenstein et présente au roi les premiers projets de réforme administrative.
Mais, vers la fin de 1807 et au début de 1808, il est absorbé par de tout autres préoccupations, et l'œuvre des réformes intérieures est momentanément délaissée *. C'est que la situation de la Prusse est, peu à peu, apparue plus grave encore qu'on ne l'avait pensé après Tilsit. Dans ce milieu européen si étrangement bouleversé, où chaque année voit naître ou disparaître des royautés ou des royaumes, on craint, et peut-être non sans raison, que demain les HohenzoUern n'aient cessé de régner et la Prusse d'exister. Stein passe, du 29 février au 31 mai 1808, trois mois à négocier avec Daru à Berlin *.
Son retour, au début de cet été de 1808, que Schôn célèbre avec tant de lyrisme ' est le signal d'une nouvelle ère de réformes. Elles se rattachent étroitement à la pensée d'un soulèvement prochain contre la France, et aux espérances qui en découlent : c'est en juillet et en août 1808 que se poursuit la réforme agraire, et que sont prises les mesures de réorganisation militaire. En octobre et novembre 1808, la réforme administrative achève de se discuter et s'accomplit *.
Ce fut la singulière fortune de Stein que, des deux grandes réformes civiles qu'il réalisa, — l'une, la réforme sociale, élaborée en son absence fut contresignée par lui quelques jours après son arrivée, — l'autre, la réforme administrative, préparée sous sa direction par toute une école d'administrateurs de premier ordre, n'aboutit qu'à la veille ou môme au lendemain de son départ.
La réforme administrative tenait dans les préoccupations de Stein une place prépondérante ^ Les historiens prussiens en ont fait son
i. Pertz, Steiii's Leben, II, p. 39.
2. lluNST Meier, die Refonn der Verwaltungs-Organisation unter Stein und Hardenberg, p. 145.
3. Der Sommer 1808 war, nûchst dem groszen Momente des Edicts vom 9 October 1807, die herrlichste sc/tônste Zeit. Ans den Papieren Schôs's, I, p. 51. — Es war ein allgemeiner Eifer des bessermachens und Bessemerdens.
4. Pkrtz, Stein, 11, pp. 116, 2S9, 290, 292. — Ernst Meier, p. 13G.
5. Ehnst Meier, pp. 136, 143. — Pehtz, II, pp. 299, 301. — Treitschke, Deutsche Geschichte im neunzehnten Jahrhundert, 1, pp. 273, 274, est dans le même courant d'idées. — R. Gseist, Die Denkschriften des Freitievrn vom Stein [Preuszische Jalirhiicher, XXXVIII, p. 2G0). — A. Stern, Abhandlungcn und Aktenstiicke zur Gescfiichle der preusziscfien Reformzeil, p. 150. — Seei.ky, Life and Times of Stein^ II, p. 199.
œuATe essentielle; ils y ont trouvé l'occasion d'opposer les conceptions politiques de Stein à celles qu'ils dégagent des formes et de l'histoire de l'administration française. Pour nous, il nous paraît que l'importance même que Stein attachait aux questions d'organisation administrative, ressemble bien à un aveu d'impuissance. Les formes que prend l'action de l'État, les limites surtout de cette action ont leur gravité. Il semble toutefois, lorsque l'on saisit dans son ensemble l'évolution du xviiie siècle et du xix'' siècle, qu'elles soient secondaires, à côté des modifications qui s'accomplissent dans la constitution même de la société et dans les rapports de ses divers éléments.
Ce serait trop dire que d'affirmer que Stein acceptât sans résistance la constitution de l'ancienne société prussienne. Mais il ne songeait point à la modifier profondément. Il est resté de son indifférence relative plus d'une preuve manifeste * : la réforme agraire n'émanait point de son initiative; il lui donna, lorsqu'il intervint, une portée des plus modestes; et lorsque, plus tard, Hardenberg A^oulut aller plus loin que lui, il n'hésita point à protester*; même lorsque Schon soumit à sa signature, la veille de sa chute, un testament politique qui développait des projets d'avenir plus étendus que ceux auxquels il avait donné la vie, il n'y apposa son nom qu'avec répugnance.
Au contraire, c'est avec une sorte de passion, une insistance remarquable, qu'il discutait les formes et la portée de l'intervention de l'État. On conçoit aisément les motifs de cette insistance '. Toute l'histoire intérieure de la Prusse n'avait été que la lente formation d'un État puissamment outillé, à intervention pénétrante, dans ce milieu allemand, où les premiers éléments et la notion même de l'État n'existaient point. Et puis, vers la fin du xviii" siècle, il était apparu que cet organisme d'Élat, en proie à une décadence l'apide, se trouvait isolé au sein de la nation et sans contact avec elle. Stein voulait le fortifier, en lui donnant des assises plus étendues et plus solides, ne plus laisser l'action gouvernementale et politique aux mains de la bureaucratie, associer la nation, disait-il, à la vie publique.
i. Pehtz, I, p. iW,; II, p. 30. — Lkiimann, Knrspherk und Srfifin, pp. HO, IH, H2, 113. — Voir le jUKctncnt d'Aloxaiidru <lo HtimlJoUlt sur Sicin, Aus den l'upieren SchO.^'h, I, p. i64.
i. \.vA\»\y:*, h'neurbeck ttnd Schfiti, p. il4.
3. Eh.>8t Mbikn, pp. 171, 172. — Tkrithciikk, I, pp. 160, 301.