L'ORDONNANCE MUNICIPALE
Et si cette audace lui manqua, si même Schôn, le plus audacieux de ses collaborateurs, paraissait incertain du résultat, c'est que la première condition de cette révolution politique était une transformation sociale dont Stein n'avait point conçu la nécessité *. Il fallait, avant de briser le pouvoir administratif de l'aristocratie foncière, briser son autorité sociale, et l'édit du 9 octobre 1807 s'était tenu bien en deçà de cette limite.
Aux vastes conceptions, aux grands mots d'émancipation sociale, à l'administration du pays par lui-môme, à l'enthousiasme des réformateurs, correspondaient, en fait, d'assez maigres réalités; tout au plus, le commencement d'une marche incertaine vers un but* à peine entrevu '.
Autant, toutefois, lorsqu'il s'agissait des populations rurales, de ce pays plat, qui était demeuré le domaine de l'aristocratie foncière, la marche des réformateurs était timide et leurs conceptions incertaines et contradictoires, autant, là où la puissance de la féodalité était brisée de longue date, dans les villes, leur allure fut décidée et leur législation hardie.
Nous nous souvenons que , lors des crises qui avaient marqué l'établissement du pouvoir monarchique, l'indépendance municipale avait été réduite beaucoup plus complètement que Tautonomie de l'oligarchie foncière; Frédéric-Guillaume I" avait mis le sceau à l'asservissement des villes '.
Les attributions de police, dans le sens le plus étendu, étaient demeurées confiées à un agent d'État, le Steuerrath, qui était pour les villes, mais avec une bien autre autorité, ce que le Landrath était pour le pays plat. A côté de cet agent d'État *, subsistait un corps municipal, vestige des anciennes institutions locales ", mais dont les membres n'avaient plus qu'un cercle d'action fort restreint.
C'étaient là des conditions parfaitement appropriées à l'action des réformateurs. Les éléments sociaux, auxquels s'adressait leur appel, existaient dans les villes, affranchis de toute oppression privée,
1. BoRNHAK, IFI, pp. 6, 14, 54. — Pertz, II, pp. 149, loi. — Erinnerungen aus dem Leben cl s Feldmarschall's von Boyen, I, p. 307.