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L'INSURRECTION ESPAGNOLE

sation brutale, et l'élan national qui avait porté la France durant les guerres de la Révolution passait à ses adversaires. Le péril était là, beaucoup plus que dans les intrigues de l'Angleterre, auxquelles le langage officiel attribuait tout le mal. Plus une des guerres de l'Empire qui ne dût être désormais une guerre nationale. Le soulèvement des partisans en Espagne était un parasite qui devait croître jusqu'à l'heure de la ruine. La campagne de 1809, avec l'insurrection tyrolienne, avec la bataille d'Aspern, avec les explosions isolées du nord de l'Allemagne, allait offrir le spectacle paradoxal d'une agitation nationale sur le sol de la monarchie des Habsbourg. Le monde slave devait apporter dans la campagne de 1812 * toute l'ardeur de ses passions primitives; la guerre de 1813, enfin, ajouter, aux passions de l'indépendance, l'ardeur décuplée des premiers succès. L'insurrection espagnole ne fut point un accident; elle fut le premier symptôme d'un état moral nouveau en Europe. Elle recelait en elle la ruine de l'Empire.

Les ministres de Frédéric-Guillaume III ne durent point aux événements d'Espagne leurs idées nationales. Ces idées dataient chez eux de 1806. Elles les avaient soutenus jusqu'à la dernière heure de la campagne de 1807. Mais au lendemain de Tilsit, surtout durant les premiers mois de 1808, si leurs espérances indestructibles ne les avaient point abandonnés *, la réalisation s'en trouvait, même pour eux, ajournée à longue échéance. Les réformes intérieures avaient pris le pas, dans leurs préoccupations, sur la résistance nationale dont elles étaient devenues le prologue. Ils s'attachaient, avant tout, à transformer l'esprit public ^ à préparer par là une résurrection que réservait l'avenir, qu'ils jugeaient certaine, mais qu'ils ne voyaient point prochaine.

L'insurrection espagnole les ramena à une conception différente, à des résolutions plus précipitées \ Elle leur donna une confiance singulière; car elle apportait la preuve de la justesse, de la possibiUté

1. Niebuhr écrit déjà, en parlant de la campagne de 1807 : In Moskau war der Krieg c/anz national. Aus den Pap/'eren Schô.s's, II, p. 97.

2. Lehmann, Scharnhu/'st, 11, p. 165; (ineisenau, 14 janvier 1808, ibid., p. 166.

3. Voir la lettre de Scharnhorst du 27 novembre 1807. Pkrtz, II, p. 184. — Haeusser, III, pp. 131 à 136. — Lkhmann, Schat-nhorst, II, p. 166, et surStein, ibid., pp. 16(3, 167.

4. Haeusser, Deutsche Geschichte, III, p. 180. — Skelkt, Life and Times ofStein, II, p. 26.

pratique de leurs idées \ qui, jusqu'alors, avec tous les précédents, avec les habitudes d'esprit et la constitution sociale du vieux milieu européen, du milieu allemand surtout, pouvaient sembler des imaginations de cerveaux en délire.

L'insurrection madrilène avait été, à partir du mois de mai 1808*, le signal d'un soulèvement général. Les premières mesures, prises par l'Empereur pour la réprimer, avaient échoué, et quoiqu'il persistât à se faire illusion ^ sur l'état d'un pays qui lui échappait dans l'explosion de l'hostilité la plus violente et la plus universelle, la capitulation de Dupont à Baylen, signée le 2li juillet, et dont la nouvelle lui parA'int le l^"" août * à Bordeaux, était un témoignage irrécusable de la puissance et des succès croissants du peuple insurgé.

Les nouvelles d'Espagne s'étaient répandues lentement en Europe ^ L'ambassadeur prussien à Paris, Brockhausen, annonçait dans une dépèche, déchiffrée à Kônigsberg le 25 mai, que, d'après les nouvelles qui circulaient, l'insurrection madrilène avait été suivie de « scènes plus fortes à l'intérieur ». Dans une dépêche déchiffrée à Kônigsberg le 5 juillet 1808, il écrivait : « D'après les bruits publics ou ceux qu'on se dit à l'oreille, le mal est en effet très grand ». Les messages se succédaient et enfin, à la fin de juillet ', le prince Guillaume et Brockhausen donnaient des détails plus précis : « J'ai transmis à Votre Majesté », écrivait l'ambassadeur, « quelques traits épars des grandes affaires qui se passent en Espagne. On était encore incertain si une grande partie des avis ne reposaient que sur des bruits exagérés. Mais, successivement, on a eu des avis et des détails qui mettent hors de doute que les armées françaises éprouvent dans ce pays-là les plus grands revers, et qu'au lieu de réduire les provinces insurgées, elles ont de la peine à s'y maintenir, et qu'elles sont généralement à la défensive la plus sensible. » Enfin, dans une dépêche de Brockhausen du 11 août, connue à Kônigsberg le 2/1, on trouve sinon la nouvelle, du moins, vraisemblablement, le premier écho de la capilulalion de Baylen. « C'est à cette tournure presque désespérée »,

^. Voir la Relire de Stein à Wilgensleln «lu 15 septembre. Pertz, II, p. 2:52.

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