lUei'ssr.n, III, pp
l'échec de la politique nationale. 457
réhabilitation morale. Ils étaient prêts, non seulement aux sacrifices individuels, mais au sacrifice même des formes de l'existence nationale*, pour en sauvegarder le fond, pour échapper à la servitude volontaire^ : « Il vaut mieux pour le roi », répétaient-ils à chaque instant, « vivre comme un simple particulier, que continuer à subir ce qu'il subit » \
Ce n'était point là, tant s'en faut, ce qui faisait la faiblesse de leur politique. Ils n'étaient en cela que les précurseurs du courant qui allait, quelques années plus tard, entraîner l'Europe et emporter l'Empire. Mais leur faiblesse c'était précisément d'être des précurseurs *.
C'est un jeu d'esprit de discuter ou de refaire les événements historiques; c'est ù leurs causes qu'il faut remonter. La politique nationale n'échoua pas en 1808, pas plus que la Prusse n'avait succombé en 1806, par la pusillaminité de Frédéric-Guillaume III. Il n'était dans sa neutralité intellectuelle que l'agent de causes extérieures.
La politique que soutenaient Stein, Scharnhorst, Gueisenau, ceux qui les entouraient, était, d'un point de vue abstrait, la seule défendable. Si elle échoua, c'est qu'elle pouvait réussir seulement à la condition de ne point provenir de la volonté ou de l'initiative de quelques-uns ^ Ce n'est point dans les conseils du gouvernement que se préparent les insurrections nationales. Elles naissent de l'état moral d'un peuple tout entier \
La faiblesse du parti national et de sa politique apparaissait dans cette situation, peut-être unique, d'un gouvernement dépouillé de son inHuence et de ses attributions essentielles, et dont l'action se réduisait, pour ainsi dire, à la conspiration de quelques patriotes, en vue d'un soulèvement d'indépendance nationale \
La question qui se tranchait sourdement entre Frédéric-Guillaume III et ses ministres, à l'automne de 1808, était celle de savoir si l'Allemagne trouverait en elle-même le ressort de son salut ou si elle