LE BIEN NOBLE
La confusion des parcelles avait, tout d'abord, un résultat social considérable. La culture individuelle était impossible. Chacun des petits cultivateurs avait souvent peine à reconnaître le coin de terre qui lui était attribué*. Il n'eût pu le cultiver, en tout cas, qu'en traversant les parcelles voisines *, en les détériorant, en y détruisant les récoltes. Aussi la culture n'était point libre; elle était soumise aux prescriptions les plus étroites ®. L'assolement était déterminé pour l'ensemble du territoire de la communauté rurale; la nature, l'époque, l'heure même de chaque travail, était imposée. Chaque soir, le chef de la communauté rurale, le Schulze, qui n'était, la plupart du temps, que l'agent du seigneur*, indiquait aux paysans, presque toujours groupés par village ^ leur tâche du lendemain. On eût pu les voir * partir à la même heure, munis des mômes instruments de travail, se répandre sur les parcelles que le seigneur leur avait attribuées et qu'il les laissait cultiver pour leur propre compte. Le tenancier n'avait, pour ces travaux, ni indépendance ni initiative; la banalité de la culture {Flurzwanfj) résultait nécessairement de renchevôtreraent des parcelles '.
Sur lés terres mêmes qui étaient occupées et cultivées par les paysans pour leur propre compte, le seigneur avait un droit de copropriété '.
On rencontrait bien, il est vrai, en Prusse, particulièrement dans
1. Meitzen, I, pp. 348, 365. — Aus dem Nachlasse Ludwig's Von dbk Marwitz, 1, p. 35. — Knapp, I, p. 60.
2. Stadelmann, Publ. aus den k. pr. Slaatsarchiven, XI, p. 83; II, p. 8.
3. Stadelmann, ibid., XI, p. 83; XXV, pp. 17-18. — Meitzen, I, p. 364. — Knapp, I, p. 4.
4. Knapp, I, pp. 35-49. — Philippson, Geschichte des preussixchen Staatswesen's, I, p. 313. Code général. — Bohmiak, I, pp. 17-19 : die Setz-Schulzen, I, pp. 253, 254, 256; 11, p. 283. — Ernst Meier, Die Reform der Veitualtungs-Organisation untcr Stein und Hardenbenj , p. 123.
5. Knapp, 1, p. 2. — Bertrand écrit à l'Empereur, en décembre 1806, en lui communiquant ses premières impressions sur la Silésie : « H y a une sorte de servage, des propr'uUaires de vilhif/fs et de 7 000 à 8 000 habitants ». Lettre inédite de Bertrand à l'Empereur, Archives hisloriques du Ministère de la guerre. Correspondance de la grande armée, 5 décembre 1806. — Comparer BBRTHEzàHB, Souvenirs militaires, 1, p. 155.