LES DÉBUTS DU GRAND ELECTEUR
blés à grand'peine par son prédécesseur; il en avait fait une armée, peu nombreuse encore, mais respectable par sa bonne organisation, de 8 000 hommes *. Aux traités de Westphalie ', s'il n'avait pas obtenu tout ce qu'il se croyait dû, il avait du moins accru considérablement ses domaines.
A la fin de son règne, quarante ans plus tard (1688), le Grand Électeur laissait une armée, que l'on pouvait appeler permanente, de 30 000 hommes, un budget régulier de 2 500000 thalers ne dépendant de personne ^ Il laissait aussi le souvenir du rôle qu'il avait joué dans les guerres entre la coalition et Louis XIV, les noms glorieux des batailles de Fehrbellin et de Varsovie *, les premiers fondements d'une administration monarchique — fait unique en Allemagne, — et par suite la situation politique de la Prusse assurée, le pouvoir monarchique établi. C'est donc bien là la crise de l'histoire de Prusse, le revirement décisif de sa politique intérieure *. On ne saurait, sans s'y arrêter un instant, comprendre la suite de son histoire.
Si l'autorité qui passa, en 16/iO, aux mains du Grand Électeur était incomplète et précaire, il faut l'attribuer moins encore à l'occupation étrangère qu'à la constitution intérieure des différentes provinces. Sur tout le sol de l'Allemagne s'étaient constituées des oligarchies, sinon très fortement organisées — l'expression ne serait point juste, — du moins armées de toutes pièces pour résister au pouvoir monarchique et défendre leur autonomie '.
Les États n'étaient point là, comme les États généraux en France, un « pis-aller » auquel on n'avait recours que dans les situations graves ou dans les besoins pressants. Dans chacune des provinces
Rundschau, XII, 1877), p. 257. — Ranke, I-II, p. 224. — Borxhak, 1, pp. 248, 324, 325. — BoHNUAK (Preussische Jahrbûcher, LVI), p. 130. — Baczko, V, p. 80, Die bettelnde Landmiliz; ibid., p. 32.
1. Droysen, III, m, pp. 6, 58. — Rankk. I-II, pp. 239, 240, 253. 8 000 hommes en 1646, IGOOO en 1651, 26 000 en 1G55, lors de la victoire de Varsovie. — ScuMOLLER {Deutsche Rundschau, XU, 1877), p. 257.— Isaacsohn. L'Électeur appelle l'armée : sa main de fer, seine eiserne Hand. R\nke, I-II, p. 382.
2. Dhoysen, III, II, p. 18, 41. — Ranke, I-II, p. 239, 243, 257.
3. L'Électeur ne peut cependant se passer des subsides étrangers. Ranke, I-II, pp. 329, 391, 402.