VALEUR RÉELLE DE LA PEINE
non seulement divisible, mais encore, ce qui ne revient' pas au mâme, égale à eUe~même*^. — D'autre part, étant donnée une série de châtiments différents par leur nature, comment établir une correspondance entre la série des peines légales et la série des sentiments siibjeetifs de peine qu'elle produiront, sentiments qui différent en d^ré seulement, non en nature? lie légis-^ lateur peut se proposer d'aggraver une peine légale par* l'addition d'une autre peine ou surtout de substituer parfois une peine à une autre, dans le cas où le délinquant n'a pas voulu, ou n'a pas pu, se soumettre à la première : comment les comparer entre elles? Nous n'avons pas ici de monnaie qui remplisse, même d'une feçon grossière, Tôfifice de dénominateur commun. Une amende, une peine d'emprisonnement, sont essentiellement divisibles, elles admettent tous les degrés numériques. Mais, pour comparer une somme d'argent avec une somme d'emprisonnement, il faut recourir à un artifice, et dire, par exemple, qu' « une journée de prison sera censée acquitter une dette égale au revenu d'une journée ». Les deux peines sont ainsi rendues commensuixibles. La commensurabilité est, en sus de la divisibilité et de l'égalité, une propriété que la peine légale doit présenter, pour qu'une arithmétique des plaisirs et des peines soit possible en ces matières.
Deux propriétés ont pour objet de délinir ce que Bentham appelle la valeur apparente de la peine. Car, selon Bentham, le mal qui résulte d'un acte quelconque, délit ou peine, se décompose lui-môme en deux parties*^
Le mal du premier ordre est celui qui est subi par un ou plusieurs individus assignables, en conséquence de l'acte. Le mal du second ordre, Talarme inspirée, le danger créé, est celui qui, résultant du mal du premier ordre, s'étend soit à la société tout entière, soit à un nombre quelconque d'individus non assignables. Mais, selon que l'acte considéré est un délit ou une peine, la proportion du mal du second ordre au mal du premier ordre n'est pas la même. Le délit produit un mal du premier ordre et un mal du second ordre : il inflige une souffrance à un individu qui n'a pu l'éviter, répand une alarme, crée un danger. La peine produit un mal de premier ordre, et, en fin de compte, un bien du second ordre: elle inflige une souffrance à un individu qui Ta volontairement encourue, mais, dans ses effets postérieurs, elle rassure l'opinion, et écarte un danger*'. Pour préciser encore, il n'est pas vrai de dire que la peine produit exclusivement un bien du second ordre: en menaçant quiconque serait tenté de commettre l'acte défini délit par la loi, elle crée une alarme et un danger. Mais il appartient au public d'annuler le danger en s'abstenant de commettre l'acte nuisible. Quant au mal de l'alarme, moins grand que le mal de la peine (car la crainte d'un mal est un moindre mal que le mal), il est la partie essentielle de la peine. La valeur réelle de la peine, c'est le mal entier de la peine, tout celui qui est éprouvé quand elle est infligée. La valeur apparente^ c'est le mal probable qui se présenterait à l'imagination du public, d'après la simple description de la peine, ou