‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 3)Chapitre 116 sur 212 · BENTHAM ET ROMILLY · texte numérisé non relu

BENTHAM ET ROMILLY

tion française, à entreprendre la traduction anglaise de l'ouvrage 35 . Romilly, avocat célèbre, beaucoup plus répandu que Bentham, est son intermédiaire régulier avec les milieux politiques, communiquant à l'Attomey général, en 1801, un travail de Bentham 3,? , servant encore d'intermédiaire, en 1807, lors de la réforme des cours de justice écossaises. — Bentham, dans ses entretiens avec Bowring, parle avec un certain dédain de l'œuvre de Romilly, de ce qu'il appelle ses « reformatiuncules », ses « réformes en miniature »; « si elles avaient été considérables, elles auraient rencontré la résistance de toute les forces de lord Eldon 37 ». Et sans doute Romilly ne réclame que des réformes de détail; cependant, lorsqu'à Cowes, en 1807, il prend la résolution de présenter deux bills tendant, le premier à donner aux cours criminelles le pouvoir d'indemniser les prévenus acquittés, le second à adoucir la sévérité du code criminel, c'est bien l'ami et le disciple de Bentham qui entre en scène. Dumont vient de lui apporter le manuscrit de la « Théorie des Peines », et les lettres privées de Romilly témoignent de l'impression profonde qu'a produite sur lui la lecture de cet ouvrage 38 . C'est donc bien certainement de Bentham que Romilly s'inspire, lorsqu'il déclare évident entre tous ce principe, que c'est la certitude, beaucoup plus que la sévérité des peines, qui les rend efficaces 39 . Il semble néanmoins éviter systématiquement de nommer Bentham, préfère invoquer l'autorité de Blackstone, « le grand commentateur» 40 , ou de Beccaria 41 . Il semble même

prendre à tâche de bien distinguer entre son point de vue et le point de vue de Bentbam. « Ce serait, dit-il, une bien belle chose, que la loi pût être faite de telle manière qu'une peine définie fût proposée pour chaque délit individuel, sans rien laisser à la discrétion de ceux par qui la loi était administrée. Mais la chose serait tout à fait impraticable 42 ». Son grief contre le droit pénal anglais, c'est qu'il n'est plus appliqué, que, par conséquent, il est en contradiction avec les mœurs; or, c'est discréditer la loi de donner constamment raison aux mœurs contre la loi: il faut mettre les lois en harmonie avec les mœurs. Le succès vient-il du moins récompenser tant d'opportunisme? Presque toutes les tentatives faites par Romilly, de 1808 à 1 813, jKHir abolir quelques félonies capitales, avortent avant de quitter soit les Communes, soit les Lords. On comprend, dès lors, pourquoi Romilly ne remplit pas les conditions nécessaires pour être le disciple idéal de Bentham. C'est un modéré, un conservateur, un opportuniste: en relation avec les milieux gouvernementaux, il ne saurait être, malgré tout le respect que lui inspire son ami, en complète sympathie de sentiments et d'idées avec Bentham méconnu, isolé, mécontent, révolutionnaire. Il a constamment pesé sur Bentham pour l'inviter à tempérer sa violence. Il l'a empêché de publier, en 1793, son Truth versus Ashurst, en 4802 sa lettre au duc de Portland, en 1809 ses Eléments ofPacking. Il voudrait obtenir de Bentham, en 4818, qu'il suspende l'impression, puis la vente du

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